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Livre II. La France.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

rivales, lui vient de l'Italie. Ce que des émigrés français , bannis ou fugitifs pour cause dereligion ou de politique, ont fait si souvent et pour tant de contrées, en leur apportantleurs connaissances et leurs procédés, des émigrés italiens l'avaient fait précédemmentpour la France; des Florentins et d’autres Toscans et Italiens , chassés par les révolutionsde leur patrie, apportèrent à Lyon le présent magnifique du tissage des soies. Par ordrede Louis XI, les ouvriers expérimentés qui s’établissaient à Lyon étaient dispensés de payerles impôts et les tailles exigés des autres habitants. Au milieu du seizième siècle, lenombre des tisseurs lyonnais en soie s’élevait à 12,000 personnes. Lors de la révocation del’édit de Nantes , la fabrication des soies sembla menacée de disparaître ; les métiers dimi-nuèrent de plus des trois quarts ; mais après que deux générations se furent écoulées,Lyon avait repris son rang, et depuis un siècle elle n’a cessé d’être, malgré les guerreset les révolutions, la ville par excellence des belles soieries, surtout de celles qui sontteintes de couleurs claires ; elle est la directrice des marchés du monde pour ces étoffesde luxe. En outre, elle a fait dans l'art du tissage des inventions et des perfectionnementsde toute espèce, et c’est un Lyonnais , Jacquard, qui par la découverte d’un métier spéciala renouvelé l’industrie tout entière. Actuellement, le commerce des soieries, soit pourl’achat de la matière première, soit pour la vente des étoffes fabriquées, représente prèsd’un milliard de francs; du Japon aux Etats-Unis, les négociants de Lyon dirigent unprodigieux mouvement d’affaires. A lui seul, le département du Rhône a les quatre cin-quièmes des métiers à fabriquer la soie qui se trouvent en France ; malheureusement, lamaladie des vers à soie a privé en grande partie les départements du Midi des avan-tages que leur procurait le grand marché de Lyon ; ils ne produisent plus en moyenneque de 000,000 à I million de kilogrammes desoies grèges, soit environ le quart de ceque, fournit l'Italie 1 .

Les tisseurs lyonnais travaillent pour la plupart dans leur propre demeure. Au lieud’etre enfermés par centaines en de grandes fabriques, comme le sont les hommes et lesfemmes qui filent le coton, et dont tous les mouvements sont réglés par la machine àvapeur, âme de l’immense organisme, les ouvriers lyonnais en soieries dirigent librementleur métier. Un grand nombre d’entre eux sont propriétaires de leur outillage, d'autressont associés, et ceux-là mêmes qui travaillent sur le métier d'un loueur étranger fabri-quent pour la plupart à leur propre compte, quoique toujours gouvernés par les conditionsdu marché, qui les place souvent à la merci de l'acheteur. Grâce à ces habitudes delabeur et à leur vie de famille, les ouvriers lyonnais se distinguent par des mœursspéciales; ils ont plus de tenue, plus de réflexion, .un caractère plus solide; parfoisaussi la vie solitaire entretient dans leur esprit une exaltation mystique. On sait que lesrévolutions ouvrières de Lyon ont été des événements considérables, dignes de toute l'at-tention des historiens.

Autrefois les tisseurs dont les étoffes alimentent le commerce de Lyon étaient en grandemajorité groupés dans la ville; mais les fabricants, désireux à la fois de rompre la forteorganisation des sociétés ouvrières et d'abaisser le prix de la main-d’œuvre, ont réussi àdistribuer le travail dans toute la banlieue et dans les villages environnants ; d’ailleurs,

1 Filature de la soie dans le département du Rhône en 1872 :

Métiers, d’après la statistique officielle. G0,050

» d’après la Chambre de commerce (dans toute la province lyonnaise ). 120,000

Ouvriers dans les établissements. -47.48-4

Nombre des personnes occupées à l’industrie des soieries.. 240,000

Valeur des soieries fabriquées, en moyenne.4G0,00Ü,00Û fr.

Production des soies grèges, dans le Midi, en 1874. 940,000 kilogr.