graduellement au sud vers les sources de l’Ailier est d’une désolante uni-formité. Ce n’est qu’une immense plaine mamelonnée aux roches brûléesrecouvertes d’un gazon court ou d’arbres rabougris : de petits cônes, soitisolés, soit à demi engagés l’un dans l’autre, élèvent çà et là leurs rochesnoircies, restes des anciens évents volcaniques ; mais toutes ces buttes n’ontqu’une faible hauteur, et le point culminant lui-mème, le bois de l’Hôpital,parait un simple monticule. Le tableau ne prend un grand caractèrequ’aux bords du plateau, notamment à Pradelles , d’où le regard descend decolline en colline jusqu’au fond de la gorge où serpente l’Ailier. Au-dessusde cette plaine, le lac du Bouchet, nappe d’eau parfaitement circulaire,aux parois abruptes de près de o kilomètres de pourtour, est aussi fortcurieux, à cause de son étonnante régularité : les géologues y voient, nonun cratère de laves, mais le vide produit par une prodigieuse bulle degaz qui aurait éclaté à travers les roches 1 . Le lac de Limagne , situé beau-coup plus au nord, aurait une origine semblable, quoiqu’il n’offre pointla môme régularité de contours que le lac du Bouchet. Quant à l’ancienlac de Bar , actuellement vidé par la main de l’homme, il emplissait bienun véritable cratère : au lieu d’occuper, comme les autres lacs, un en-tonnoir ouvert dans l’épaisseur du plateau, il était soulevé au-dessus desplaines par le cône régulier d’un volcan, qui se dresse immédiatementau-dessus de la froide bourgade d’Allègre : il a suffi de percer une paroipour en faire écouler les eaux dans la Borne. Une belle forêt de hêtresa remplacé le lac qui dormait jadis dans la coupe du volcan 2 .
A l’ouest de l’Ailier et de l’énorme promontoire que les granits de laMargeride projettent vers le nord, s’élèvent d’autres montagnes de rochesbrûlées, formant dans leur ensemble la chaîne des monts d’Auvergne etdéveloppant la rangée de leurs sommets sur un espace de plus de 150 kilo-mètres du sud au nord. De même que les volcans du Vivarais et du Yelay,ceux de l’Auvergne sont composés de masses rejetées du sein de la terre àtravers les roches granitiques du grand plateau. De tout temps, les habitantsdu pays savaient parfaitement que leurs montagnes avaient été jadis brû-lantes, car le nom de « Peyre Arsc » a été donné par eux à un grand nombrede cimes; mais ce que les paysans n’avaient pas même besoin d’apprendrerestait ignoré des hommes de science. Guettard , en 1751, est le premier
1 Poulett Serope, traduction de Vimont, Géologie des volcans éteints de la France , p. 92, 198.- Altitudes du Velav :
1,13u mût.757 »
025 »
1,425 met.1,208 »1,107 »