NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
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restes assez bien conservés d’un aqueduc romain. On poursuivit les recherches, et bien-tôt on retrouva dans son entier la conduite qui apportait à l'antique Segodunum l’eaude la petite rivière d’Eune et des sources de Vors, jaillissant à quinze kilomètres ausud-ouest de Rodez , sur le plateau opposé. L'aqueduc fut rétabli, peut-être au dixièmedu prix qu’auraient coûté des travaux neufs, et maintenant, après des siècles d'interrup-tion, l’abondante rivière artificielle a repris son cours 1 .
La région houillère de l'Aveyron , si importante dans l’économie industrielle du centrede la France, occupe au nord-ouest de Rodez, dans le bassin du Lot , une zone de plus de100 kilomètres carrés de superiieie; deux lignes de chemins de fer presque parallèles ettrès-riches en travaux d’art, tunnels, ponts et viaducs, la traversent et en facilitent l’ex-ploitation, longtemps retardée par le manque de débouchés non moins que par les spé-culations désordonnées. Les gisements de bouilles forment dans ce bassin, dont Aubin etItecazeville sont les centres principaux, des couches d’une puissance tout à fait exception-nelle : une des assises n’a pas moins de 70 mètres d’épaisseur sur une étendue de plus de4 kilomètres ; les dépôts houillers que l'on peut abattre en carrière sur plusieurs mètresde hauteur sont nombreux, et dans la montagne de la Yaïsse des centaines d’ouvriers tail-lent le charbon en se suspendant à une falaise de 90 mètres, où les strates noires alternentavec la roche. Malheureusement, la houille de Decazeville et d’Aubin, exploitée par leshabitants du pays depuis le moyen âge, est de qualité médiocre ; trop mélangée de schis-tes, trop riche en matières volatiles, elle manque de consistance et donne un coke léger,dont les hauts fourneaux ont à brûler de très-grandes quantités pour une faible pro-duction. C’est l’une des raisons qui ont amené la ruine des premiers établissementsmétallurgiques fondés dans la contrée; mais le «pain de l’industrie», même de deuxièmequalité, ne pouvait manquer de trouver de nombreux consommateurs : la houille deDecazeville , triée avec soin au sortir des mines, a naturellement le monopole des mar-chés voisins à cause de l’avantage que lui donne le moindre prix de transport. En outre,plusieurs groupes d’usines importantes se sont établis autour des mines pour utiliserle combustible sur place et profiter des gisements de fer, des argiles et des grès ré-fractaires de la contrée. A Aubin, la compagnie d’Orléans possède des hauts fourneauxet des forges où elle fabrique sa provision de rails. Decazeville et Firmi ont aussileurs puissantes usines; Viviez, près du Lot , à l’issue occidentale du bassin houiller, a degrands ateliers et des fonderies ; à Panchot, au bord même du Lot , s’élève une importanteverrerie 2 ; là le contraste est des plus saisissants entre le monde moderne de l'industrieet l’imprévu pittoresque de la nature, avec ses eaux limpides, ses arbres et scs rochers.Des villages en amphithéâtre sur les pentes, des ruines de vieux châteaux sur les sommets,contribuent à la beauté des sites. Du reste, même dans la vallée d’Aubin, où les usinessuccèdent aux usines en une longue ville qui vomit de ses cheminées un nuage incessantde tlocons noirs, la nature garde un certain charme, et les étrangers, qu’attirent par mil-liers chaque année les sources minérales de Cransac, peuvent encore s’y plaire. Les col-lines houillères qui s’élèvent au nord de Cransac sont partiellement embrasées depuis dessiècles, et des foyers souterrains s’échappe constamment une fumée lumineuse pendantles nuits : on croirait voir la bouche, d’un volcan. Des étuves creusées dans ees terrainsbrûlants sont de la plus grande efficacité pour le traitement des rhumatismes.
Au sud delà région industrielle d’Aubin, qui sc trouve presque en entier dans l’arron-dissement de Yillcfranche, la partie occidentale du Roucrgue n’a qu'une faible importance.Yillcfranche elle-même, fort active et fort riche au moyen âge précisément à cause de ses
1 A. Dufresne, Bulletin de la Société de géographie, janvier 1875.
- Verre fabriqué dans l’Aveyron en 1872 : 11,000 quint, métriques. Valeur: 1,750,000 fr.