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A une petite distance en amont d’Angoulème, la Charente , aux eauxd’une pureté cristalline, se double du Ilot de la Touvre, rivière d’une dizainede kilomètres de longueur, non moins curieuse, par son apparition soudaine,que la Sorgues de Vaucluse ou le Timavo de l’islrie. Comme ces rivières dubassin de la Méditerranée, la Touvre est formée d’eaux qui s’engouffrentdans les fissures des plateaux supérieurs. La Tardoire, qui naît sur les hau-teurs granitiques bien au delà des sources mômes de la Charente , est un deces cours d’eau qui disparaissent pour surgir de nouveau par les énormesjaillissements de la Touvre. Lorsque la Tardoire arrive à la zone des terrainscalcaires, elle roule une masse liquide à peine inférieure à celle de laCharente même; mais de fissure en fissure, de crible en crible, elle s’affai-blit de plus en plus, se change en ruisseau, puis en simple filet, et au-dessousde la Rochefoucauld il n’en reste plus que le lit rocheux, empli seulementpendant les pluies exceptionnelles. Le Bandiat, autre rivière issue des ro-ches cristallines, grossit également dans son cours jusqu’aux calcaires fen-dillés des formations jurassiques, puis à son tour il diminue peu à peu :des puisards ouverts dans les falaises de ses bords, des fentes qui traversentles assises de son lit, des cavités cachées sous les herbes traînantes empor-tent vers l’ouest par des galeries souterraines loute la masse de ses eaux ;rarement le Bandiat, quand il est gonflé par les fortes pluies, roule unflot suffisant pour rejoindre la Tardoire dans la plaine d’Agris , jadis la-custre, et porter un filet d’eau dans la Charente , au-dessus de Mansle. Ilserait possible, comme on l’a fait pour le Doubs , de rétablir en entier laportée primitive de la Tardoire et du Bandiat en entourant de maçonne-ries tous les gouffres de leur lit; du reste, un meunier a déjà barré l’undes bras du Bandiat où s’engouffraient les eaux nécessaires à son moulin 1 ;mais avant que l’œuvre de restauration puisse être entreprise avec mé-thode, il faut que le régime hydrologique souterrain du pays soit parfaite-ment connu et qu’on sache exactement quelle part il faut faire dans ladistribution des eaux, d’un côté aux riverains de la Tardoire et du Bandiat,de l’autre aux usines de la Touvre.
Cette rivière, qui reçoit non-seulement les apports souterrains des deuxcours d’eau supérieurs, mais aussi le surplus des pluies que boivent les« fosses » en entonnoir de la forêt de Braconne, sur les plateaux de l’est, estdonc l’émissaire naturel d’un bassin d’environ 1000 kilomètres carrés : lespluies dépassant une moyenne de 80 centimètres par an dans cette partie dela France , on peut évaluer à 20 mètres cubes par seconde la quantité d’eau
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