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Livre II. La France.
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GRANVILLE, COUTANTES, CHERBOURG .

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Initie n’est pas encore terminé. La cathédrale même d'Avranchcs était un des plus beauxédiliees de la Normandie ; elle s'écroula soudain en 1790.

Quoique simple chef-lieu de canton, Granville est de beaucoup la cité la plus impor-tante de l’arrondissement d’Avranchcs; elle a un port excellent, muni d’un bassin àIlot qui peut recevoir les navires d'un fort tirant d’eau. Granville trafique avec l'Angle-terre, bien plus encore avec les îles du Canal, Jersey et Guernesey ; elle arme aussi pourla grande pèche : c’est une ville de hardis marins, de négociants affairés, une cité graved’aspect, presque bretonne, quoiqu’elle appartienne à la Normandie : d’après quelquesauteurs, sa population serait en partie d’origine ibérique, et les femmes surtout auraientgardé le type des ancêtres 1 : on dit aussi (pic les habitants de Granville , bienveillants àl'égard les uns des antres, ne se laissent guère entraîner à la médisance, phénomènepsychologique bien extraordinaire dans une ville de province. En été, les plages de Gran-ville sont visitées par de nombreux baigneurs, qu'attirent surtout la beauté de la natureenvironnante, la hardiesse des rochers sapés à la base par le Ilot de haute marée et latorme pittoresque de la ville elle-même, dont les hauts quartiers s’élèvent sur un pro*montoirc presque séparé de la terre ferme par un large ravin qui fut jadis utilisé pour ladéfense. Sous le ciel de la Méditerranée, Granville serait un autre Monaco ; mais sur lesrivages normands combien dilférente est la nature, avec ses roches grises, scs flots som-bres et violents battus par l’àpre vent de la mer !

La Sienne , le principal cours d’eau de l'arrondissement de Coutanccs, arrose d’abordA illedieu-les-Poèles, qui fait encore partie de l'Avranehin, et dont la grande industrie estcelle des chaudronniers, ainsi que son nom l’indique. La Sienne , non loin de son estuaire,se mêle à la Soulle ou rivière de Coutanccs, l'ancienne Constantia, qui donna son nom àtout le Cotentin . Cette ville épiscopale, bien située comme la plupart des autres cités dela Manche , est dominée par une cathédrale du quatorzième siècle, dont les tours, élé-gantes et d’une grande hardiesse, servent d’amers aux navires voguant au loin dans leseaux de l’archipel Normand : à l’ouest de la ville, se voient encore quelques arcades d’unaqueduc ruiné. Le port de Coutanccs, à l'embouchure do la Sienne , est le village de Re-gnéville, connu par ses bancs d’huîtres, petqdés depuis 1865. Dans le voisinage, du côtéde l’ouest, se trouve le château Tourville, où naquit le célèbre marin de ce nom.

Au nord de la rivière de la Douve, — ou plutôt l'Ouve, — qui va se jeter dans le golfede Carcntnn, les deux arrondissements de Yalogncs et de Cherbourg occupent toute lapéninsule du Cotentin . Yalognes est une petite ville déchue, où se voient encore quel-ques restes de constructions romaines et près de laquelle, à 0 kilomètres au sud, est levillage d’Urvillc, patrie de Louis liurnouf. Cherbourg , la cité la plus populeuse et le portle plus animé du département, est aussi d'origine ancienne, mais son importance de pre-mier ordre date de l’époque où commencèrent les grands travaux de son port militaire.La ville, « audacieusement » située en face de l'Angleterre, de manière à protéger toutesles côtes en retrait de la Bretagne et de la Normandie , n’avait malheureusement pas degrands avantages naturels : placée à la bouche d’une petite rivière, sur la rive, non d’unhavre, mais d une baie largement ouverte du côté du nord, elle ne pouvait ni recevoir,ni défendre la flotte qui serait venue y chercher un asile. Pour utiliser cette position etcréer un port sur ce littoral naturellement exposé à la violence des vagues, il a fallu con-struire dans la mer, entre Pile Pelée et la pointe de Querqueville, une jetée de près de4 kilomètres de longueur, et sur des fonds qui n’ont pas moins de 15 et 20 mètres au-dessous du niveau des basses mers. Ce prodigieux travail, l’un des triomphes de l’in-dustrie humaine, fut commencé par Yauban en 1G86 et terminé seulement dans le cuu-

; De Qualrefages, Souvenirs d’un naturaliste.