CHANGEMENTS DU LITTORAL.
G91
mètres de hauteur, est interrompue seulement de distance en distance parles brèches où coulent les rivières, par des valleuses à la pente rapide et descouloirs d’éboulement, d’où les eaux de pluie se déversent en cascades. C’està la sape de ces falaises que s’acharne le flot de la mer, et pendant lesgrandes tempêtes il arrive souvent que les masses écroulées sont de plusieurscentaines de mille ou même d’un million de mètres cubes Au cap de laIlève, on a pu fréquemment observer le travail de démolition : les blocstombés sur la grève sont bientôt démolis, changés en galets que les vaguesemportent et ramènent; les eaux de la mer sont jaunies jusqu’à une grandedistance du rivage par les argiles entraînées; sous les débris que promènele flot aucun germe de plante ou d’animal ne peut se développer : l'Océan,qui vient de conquérir ces parages, n’a pu les peupler encore.
11 est vrai que la mer n’est pas le seul agent dans l’œuvre de destruc-tion des falaises. Les eaux de pluie qui glissent dans les fissures de laroche, gonflent les argiles et filtrent à travers les sables, font plus que lafureur de la mer. En effet, la partie basse de la falaise se compose d’unsable ferrugineux que traversent les eaux de source. A la longue, le travaildes innombrables filets liquides forme de petites cavités que surplombel’énorme masse : il suffit alors de l’impulsion violente des vagues pourébranler l’édifice fracturé des roches et pour en renverser sur la grèvetoutes les parties branlantes. Ainsi démolie d’un côté par les infiltrationsdes sources, de l’autre par les vagues marines, cette partie du littoral re-cule sans cesse devant la mer. Au commencement du douzième siècle, l’é-glise de Sainte-Adresse était située à 1,400 mètres au nord du rivage actuel,à l’endroit où se trouve de nos jours le banc de l’Éclat : les flots de la merauraient donc progressé dans ces parages d’environ 2 mètres par an. Lasonde trouve G mètres d’eau sur beaucoup de points qui, récemment en-core, faisaient partie du continent. Le recul de toute la côte, entre le capd’Antifer et le Tréport, est évalué au siècle dernier par Lamblardie à unpied par année 1 .
Les empiétements rapides de la mer ont pour principale cause le courantdu littoral qui enlève les débris de la falaise. Le talus de blocs écroulés con-stitue d’abord une digue de défense contre la furie des lames ; mais peu àpeu la partie crayeuse de la roche se dissout et va se déposer çà et là surles bancs de vase, tandis que les rognons de silex dégagés de l’épaisseur dela pierre cessent d’offrir aux flots une résistance suffisante et sont entraînésle long du rivage. On évalue à plus de 5,000 mètres par an les silex tombant