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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
Tûtra n’est pas aussi liant que les grandes Alpes et n’élève point ses picsdans la région des neiges persistantes; dans tous les cirques où se rassem-Menl les premières eaux, on aperçoit, même en été, des plaques de neige etde vraies glaces que ne peut fondre la chaleur du soleil ; mais sur les pentessupérieures la roche nue se montre en été, bien que des nuages chargésde flocons neigeux viennent fréquemment se heurter contre les cimes, mômeà 1,800 mètres d’altitude. Un attribue à la forte inclinaison des sommetscette rapide disparition des neiges du Tûtra. Entre les grandes Alpes et leCaucase, ce groupe est le plus fier. Quand on le contemple des montagnesqui s’élèvent au sud en observatoire naturel, on est frappé de l’escarpementde, ses parois, de la vigueur de ses arêtes, du hérissement de ses brusquessaillies, de ses pyramides, de ses crêtes en dents de scie; quoique formé deroches cristallines, il a toute la hardiesse de profil, toute la bizarrerie decontours que l’on remarque surtout dans les grès et les calcaires. Nulle partdans le Taira on ne voit de longues croupes ni de pentes gracieusement in-clinées; les pelouses de gazon y sont rares; partout des murs escarpés etdos talus de pierres éboulées en chaos se montrent au-dessus de la lisièreverte des forêts. Les deux cimes de Lomnicz et de Késmark, séparées parune forte échancrure que les indigènes désignent sous le nom de Fourche,sont parmi les plus formidables d’aspect : aussi a-t-on cru longtemps quela pointe de Lomnicz était la plus haute du Tûtra. Elle le cède pourtant enélévation au Nakottlu ou pointe de Gerlachfalva, se dressant au centre dumassif.
Il est assez étonnant que dans un groupe de montagnes aussi peu étenduipie le Tatra et présentant de tous les côtés des escarpements aussi rapidesles lacs soient fort nombreux; M. Hradszky en a compté 112, dont 74 surle versant méridional 1 . D’ailleurs ils sont très-petits pour la plupart : leplus vaste, appelé par les Polonais Yielki Stav ou le « Grand Lac », n’a pasÜ5 hectares de superficie. Ces lacs ou étangs ressemblent à ceux des Pyré-nées centrales et comme eux emplissent de leurs eaux pures des vasques degranit s’étageant les unes au-dessus des autres dans les liantes vallées. Lesmontagnards les nomment poétiquement « Yeux de la Mer 5 », comme sil’Océan avait fait monter souterrainemenl ses eaux pour refléter au milieudes monts la beauté des rochers et des neiges ; d’après les indigènes, chaquetempête de la mer agiterait en même temps les flots des réservoirs lacus-tres du Tûtra. Suivant l'opinion commune, ces petits lacs sont réputés« insondables », quoique pourtant un certain nombre d’entre eux doivent
1 Annuaire iln club des Carpales. — Attila de Gcrando, Revue de Géographie , avril 1877.
4 Morskie Oko en slovaque, Tengerszem en magyar, ileerautjen en allemand .