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Livre III. L'Europe Centrale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

Turquie, la mer Noire . La première de ces portes n’oppose point d’obstacleà la navigation; quant à la seconde, elle était jusqu’à ces derniers temps ob-struée d’écueils périlleux, et la mer Noire , où aboutit le fleuve, est elle-mêmepresque fermée, plutôt un réservoir lacustre qu’un bassin maritime. Avantla construction des mutes et des chemins de fer, c’était une espèce d’impasseentourée de régions à demi désertes ou peuplées de tribus barbares. Com-bien plus d’importance aurait eu la Hongrie dans le commerce et le mou-vement industriel du monde, si le fleuve qui la traverse s’épanchait, nondans les eaux inhospitalières du Pont-Euxin , mais dans 1” ' : ou tel

autre golfe largement ouvert de la Méditerranée? Mais alors que seraientdevenus les Magyars? Au contact d’une civilisation supérieure et sousl’influence de croisements plus nombreux, auraient-ils pu maintenir leuroriginalité, leur langue, leur existence nationale?

C’est en Hongrie, surtout en aval de la Morava et de la Leitlia, que leDanube prend des allures de grand fleuve. Si ce n’est à la base de quel-ques massifs de collines qui viennent en rétrécir le cours, ses rives sontincertaines et changeantes; ici le courant les érode et les fait tomber parblocs énormes qui semblent se dissoudre dans l’eau; ailleurs il apportedes alluvions et prolonge au loin dans les eaux les pointes sablonneuses.Encore ' ^ ", il crée et détruit tour à tour : d’un côté, il forme des

îles et les plante de roseaux, de saules, de peupliers; de l’autre, il arracheles arbrisseaux et la terre qui les portait; quelque racine retenue par unebouée indique seule la place où fut l’îlot. De toutes parts on voit s’ouvrirdes canaux d’eau vaseuse entre des terres basses, et l’on se demande com-ment le pilote pourra se reconnaître au milieu de ce dédale. Les maisonsse distinguent à peine parmi les arbres de la rive; mais le fleuve, plushabité que la terre en apparence, porte iui-même de distance en distancetles villages entiers de moulins ancrés dans le courant. Dans le voisinagedes prairies, des bestiaux par centaines cheminent paisiblement à traversles bas-fonds marécageux; des nuées d’oiseaux aquatiques s’abattent dansles roseaux, tandis que des hirondelles vont se nicher comme sous l’abrid’un toit dans les cavités des berges verticales.

Parmi les innombrables îles autour desquelles se ramifient les eaux duDanube , les deux plus considérables, qui commencent immédiatement enaval de la percée de Presbourg , ont un caractère géologique à part. Ce nesont point de simples îles alluviales, ainsi que pourrait le faire croire leurnom de Sclùitt, qui se rapproche de l’allemand schutt, dont le sens répondà celui des mots français débris ou décombres; les Hongrois , seuls habitantsda la grande île, lui donnent le nom de Czallôkcîz ou d’« île Trompeuse »,