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Livre III. L'Europe Centrale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

l’eau suinte du fond pour s’étaler en marécages. Après les longues séche-resses, il ne reste plus guère dans la puszta que des trous vaseux ; lespâtres ont grand'peine à trouver l’eau nécessaire dans les puits, dont on voitçà et là les liantes potences aux longs bras obliques se profiler sur l'horizon.En plusieurs régions de la plaine, des deux cotés de la Tisza , mais surtoutentre Debreczen et Nagy-Yârad, s’étendent des lacs de mitron ou de carbo-nate de soude, pareils à ceux de l’Egypte et de la Perse ; les efflorescencesressemblent à des couches de neige, quand l’humidité du sol s’est complè-tement évaporée : de là le nom de « lacs Blancs » (Eejér lo), sous lequel onles désigne en plusieurs districts de la Hongrie . Quelques lacs de salpêtre oude nitrate de potasse se rencontrent aussi t;à et là; on en ramassait naguèreles cristaux en grandes quantités pour les employer à divers usages indus-triels 1 2 , mais celle exploitation est à peu près abandonnée-.

La ressemblance des milieux géographiques produit la ressemblance deshabitants et des mœurs. Comme les steppes herbeux de l’Asie , commeles savanes et les pampas du Nouveau Monde, la puszta était récemmentencore un pays de pâturages où les animaux erraient à l’aventure, suivis pardes bergers nomades. De nos jours les cultures ont envahi presque foute lacontrée, mais on voit encore çà cl là des restes de l’ancienne mer d'herbes.Des bandes de chevaux [laissant en ordre de bataille, des troupeaux de bœufsgroupés en désordre, des buffles couchés paresseusement dans la vase,semblent les maîtres de la plaine. Çà et là des cigognes et des grues dressentleurs fines silhouettes au bord des étangs. On pourrait se croire dans lanature vierge, loin de toute civilisation : le rude cavalier qui s’élance à lapoursuite des animaux a lui-même quelque chose du sauvage. Rien de plussimple que les grandes lignes de ce tableau, dont la beauté sévère s’imposed’autant mieux. Le jour, des mirages lointains font osciller l'horizon; lesoir, la pourpre du ciel et des marais qui le reflètent forme un admirablecontraste avec la teinte sombre de la plaine; la nuit, la terre elle-mêmesemble avoir disparu : on n’aperçoit que l’immensité de l’espace étoilé 3 .

Naguère steppe par son apparence, la plaine magyare l’est encore par sonclimat. Non-seulement la température moyenne y est un peu [dus bassequ’à latitude égale dans les contrées de l’Europe péninsulaire, mais lesalternatives du froid et de la chaleur y sont beaucoup plus soudaines. Iln’est pas rare que l’écart du thermomètre centigrade comporte "20 ou 25 de-grés dans l'espace de quelques heures; en plein été, on peut se trouver à

1 Beudant , Voyage minéralogique et géologique en Hongrie, tome II, p. 554 et suiv.

2 Schwicker, Stalislili des Kônigreiches Ungarn, p. 544,

5 Auguste de Gérando, La Transylvanie el ses habitants.