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Livre III. L'Europe Centrale.
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GRANDE PLAINE HONGROISE.

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semblables à ceux des bords de la Caspienne 1 . De Kecskemét à Nagy-YâradeL de Debreczen à Temesvdr, sur un parcours de plusieurs centaines de kilo-mètres, on voyage sur place, pour ainsi dire. Cette uniformité du paysageattriste l’étranger, mais elle plaît à l’indigène, (pii partout croit se retrouverprès de son village maternel. Quelle que soit la région de la plaine où ilse transporte, il est resté dans la patrie. Aussi, pourvu qu’il ne quitte pointla terre aimée de l’All'old, il émigre volontiers; c’est ainsi qu’il satisfait àla lois son goût pour le déplacement et son amour du sol natal.

Avant l’invasion des Iluns, les plaines de la Pannonie étaient en partierevêtues de forets 5 , mais les guerres incessantes et l’imprévoyance des ber-gers eurent bientôt fait disparaître cette parure du sol. Récemmentencore, les arbres étaient presque inconnus dans le «entre de l’Alfôld, surun espace d’environ 55,000 kilomètres carrés, et l’on pouvait en maintsendroits voyager pendant des journées entières sans rencontrer un seul bou-quet de verdure; le manque de bois était si grand, que la bouse de vacheséchée au soleil était l’unique combustible des indigènes. De nos jours, ons’occupe activement de planter des arbres aux abords des villages, le longdes routes et des champs, et l’on modifie ainsi peu à peu l’aspect généraldu pays; mais il reste encore, principalement au centre de l’Alfôld, desétendues dont le sol un peu salin ou saturé de soude ne se prêle point à laculture, et que parcourent les troupeaux. Les pâturages, de même que lesespaces cultivés éloignés des villages et parsemés seulement de tanyas oupetites maisons de fermes, sont la libre puszta ou « le désert », que chantentles poètes magyars, et qu’aiment tant les bergers, cheminant dans la soli-tude comme les maîtres de l’espace : c’est là que Petôfi, dans un hymnecélèbre, demandait que s'élevât son tertre funéraire, lui qui devait dispa-raître sur un champ de bataille, sans qu'on ait jamais pu retrouver soncorps. En mainte puszta la surlace herbeuse se prolonge à perte de vue. Delarges fondrières de boue noirâtre, des ornières de chars serpentant dans laprairie, des gazons usés par le pas des animaux, indiquent, non la route,car il n’en existe point dans la puszta, mais le lieu coutumier de passage.Nul ruisseau n’arrose la savane; le sol est trop uni pour qu’il laisse uncours d’eau s’épancher suivant une pente régulière ; mais de nombreusesmares, où s’abattent des nuées d’oiseaux, parsèment la campagne. Aprèsles grandes pluies, les flaques se joignent aux flaques en une nappe con-tinue; partout où le sol se trouve au-dessous du niveau de crue des fleuves,

1 Szabo, cité par Hunfalvy Jànos , A magyar birodalom lcrmészeti viszonyainak leirdsa, tome It,

p. 620.

4 Ditz, Die Ungarische Laïuhvirthshaft.