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Livre III. L'Europe Centrale.
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MAGYARS .

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rièrc, il leur a fallu depuis longtemps s’accommoder de leur mieux au mi-lieu européen et se rattacher aux nations voisines par les mille liens d’unecivilisation commune. De son passé, le Hongrois a gardé la libre allure, legeste digne, le regard droit et fier. 11 a une très-haute idée de la race et sesait noble, puisque la noblesse était autrefois le privilège des hommes libres;aussi emploie-t-il volontiers des formules de politesse révérencieuse, quid’ailleurs ont perdu leur sens primitif : il parle à son camarade en lui don-nant le titre de « Ta Grâce ! » Le mot becsiilet (honneur) revient constammentdans son langage : tout ce qu’il fait doit être digne d’un galant homme.Très-brave, il aime à redire les hauts faits de sa nation, à réciter les grandsexploits de guerre; mais souvent il est naïf aussi ou plutôt insouciant, etl’Allemand , le Juif, réussissent facilement à le tromper en le prenant parles hauts sentiments, car de tous les peuples d’Europe il est celui qui ale plus la passion du grand. « Mon peuple périra par l’orgueil, » di-sait Szechenyi, le « grand comte », qui devint fou de chagrin en voyant,en 1849, la Hongrie s’engager dans une voie qu’il croyait fatale à sonpays. Mais si le Magyar est trop lier pour être habile, il se distingue parune singulière âpreté juridique et défend le droit écrit avec une ténacitéd’Anglais. Très-passionné pour sa patrie, il chérit son Danube, sa Tisza , saplaine uniforme et sans bornes. « Hors de la Hongrie , la vie n’est point lavie, » dit un de ses anciens proverbes. « N’avons-nous pas tout ce qu’il fautà l’homme? Le Banat nous donne le blé, la Tisza le vin et la viande, lamontagne le sel et l’or. Notre terre nous suffit ! »

Comme chez la plupart des peuples jeunes, les hommes sont fort coquetsen Hongrie et mettent à leur toilette, qui d’ailleurs n’a rien d’efféminé,peut-être encore plus de soin que les femmes. Le vrai Magyar , le berger dela puszta, est fier de l’élégance de son costume de fête. Son chapeau estorné de rubans et de fleurs multicolores; un mouchoir de soie formantceinture serre sa jaquette rouge ou bleue, à boulons de métal ; son surtouten drap blanc est brodé de fleurs, au milieu desquelles se dresse l’orgueil-leuse tulipe, emblème national; sa chemise est élégamment festonnée; descaleçons de toile, aux longues franges, frottent au-dessus de ses bottes auxéperons résonnants. Il faut le voir danser, alors que l’entraînante csàrdàsfait tourbillonner les couples. Le danseur hongrois est un artiste; scs mou-vements ne sont pas réglés d’avance; il sait en improviser qui répondent àl’élan de scs sentiments et de sa joie, mais dans sa fougue il garde toujoursune grâce virile. En poursuivant sa danseuse qui fuit, se dérobe, puis serapproche, il aime à faire retentir ses éperons, il frappe ses bottes encadence en s’exaltant par des cris de joie, fait voltiger ses franges, tourne