540
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
et bondit sans fatigue apparente, dans l’extase du mouvement et du bruit.
La Hongrie est le pays d’Europe où l’usage du latin juridique s’est le pluslongtemps conservé : en 1849 on le parlait encore. La confusion des nationset des idiomes avait rendu nécessaire l’emploi d’un jargon, affreux mélangede phrases latines et de termes hongrois . Tout récemment il n’était pasrare de s’entendre saluer en latin, et nombre de locutions, fort peu cicé-roniennes, sont encore vulgairement employées dans le langage. Le mot deâk,qui signifie lettré, littéraire, était devenu synonyme de latin, et tous leshommes instruits, d’origine magyare ou allemande, serbe ou roumaine ,aimaient à converser en se servant du pompeux idiome légué par le peuple-roi : ils se donnaient ainsi une sorte de nationalité commune, qui disparutavec le langage et que plusieurs écrivains ont regrettée. A l’époque de laRéformation, les Hongrois n’écrivaient point leur propre langue 1 ; seule-ment, par les mots nombreux conservés de l’idiome primitif, on sait qu’ildifférait très-peu du magyar parlé de nos jours 2 . C'est en latin qu’étaientrédigés tous les actes publics; mais bientôt la propagande protestante filnaître chez eux toute une littérature religieuse en langue populaire; puisvinrent les historiens et les poètes, qui, surtout depuis un siècle, ont sin-gulièrement assoupli le vieil idiome ougrien. Ces progrès fournissent auxMag yars un puissant moyen d’influence, dont ils n’ont pas manqué de seservir à l’avantage de leur race. Devenu langue principale de l’administra-tion, le hongrois contribue pour une part considérable à la « magyarisation »des habitants de race diverse qui peuplent la contrée; mais l’hostilité poli-tique des autres nationalités se manifeste souvent par un attachementd’autant plus fort à leur propre idiome. Les conflits sanglants de 1848 etde 1849 se continuent dans les écoles par la lutte des langages.
Heureusement la religion ne peut devenir en Hongrie , comme la langue,un moyen de domination. Quoique le calvinisme soit parfois désigné enTransylvanie sous le nom de « religion magyare », ce terme a surtout unevaleur ethnologique, car dans ce pays les Allemands sont luthériens etles Roumains se conforment au rite grec. Dans la Hongrie proprement dite,les catholiques sont en forte majorité. Lors de la Réforme, la populations’était convertie en masse à la religion nouvelle; mais la « contre-réfor-mation», accompagnée du juge et du bourreau, ramena le plus grandnombre des Magyars aux pratiques de l’ancienne foi. « Plutôt un désertqu’un pays peuplé d’hérétiques! » disait Ferdinand HL Un document de
’ Paul Hunfalvy , Ethnographie von Ungarn.
' Ed. Sayous , Histoire générale des Hongrois, t. I, p. 26, 27