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Livre III. L'Europe Centrale.
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POPULATIONS DE LA BOHÈME ET DE LA MORAVIE

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orientale des hauteurs, les bords de la Ilana et d’autres vallées qui s’incli-nent vers la Morava : ils sont au nombre de plus de 400,000 sur les pentesoccidentales des Carpates. Aux frontières de la Hongrie demeurent les Va la-ques, dont le nom est la seule chose qu’ils aient en commun avec les habi-tants de la Roumanie : ce sonl des Slaves, et peut-être les plus beaux deleur race; on présume qu’en leur qualité de pâtres ils ont été désignés parle même nom que les bergers roumains, à moins que, suivant l’hypothèsede Salafik, ils ne soient un reste slavisé d’une peuplade de Boïens , désignéspar les Allemands sous le nom de Yelches ou Valaques. Parmi les groupesslaves de la Moravie on remarque aussi une colonie de deux ou trois milleCroates qui, depuis trois siècles, ont parfaitement conservé les mœurs etla langue des « Confinaires » de la Turquie .

Ce n’est point sans peine que les Tchèques ont pu garder la supériorité nu-mérique dans la contrée. Entourés d’Allemands, serrés comme dans un étauentre l’Autriche et la Saxe , ne se rattachant à leurs frères de race que par unétroit lambeau de terrain, c’est vraiment une des merveilles de l’histoirequ’ils aieuL su si bien se défendre contre leurs envahissants voisins : con-damnés à l’héroïsme par leur position même, ils ont vécu contre toutevraisemblance 1 . Cependant dès le douzième siècle la germanisation pro-gressait rapidement : appelés par les souverains et par les ordres religieux,les Allemands furent d’abord traités comme des hôtes ; on leur fil cadeau devastes étendues de terres, on leur concéda des privilèges et des exemptionsde charges; ce sont eux qui fondèrent la plupart des villes et qui représen-tèrent d’abord la classe bourgeoise des marchands et des artisans entre lesnobles et le peuple des campagnes. D’invités, les Allemands devinrent bien-tôt les maîtres dans presque tous les districts, ils occupèrent toutes lesplaces lucratives et finirent par imposer leurs mœurs et l’usage de leurlangue; à la fin du quatorzième siècle, la Bohème était déjà comptée aunombre des terres allemandes. Alors se fit une violente réaction. La guerredes Ilussites, toute religieuse en apparence, devint bientôt une véritableguerre de races, et ceux que le terrible Zizka exterminait comme Iduméenset Moabites n’étaient autres que des Allemands. L’explosion de la hainepopulaire fit reprendre le dessus aux Tchèques, et depuis cette époque ilsne se sont plus guère laissé entamer comme race, en dépit de l’oppressionpolitique sous laquelle on les a courbés. Pourtant, après la guerre de TrenteAns, il sembla que la Bohème était à jamais condamnée. Les familles despatriotes avaient dù s’enfuir, leurs biens avaient été distribués à des Alle-

' I.ouis Léger et J. Friez, La Bohême.