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Livre III. L'Europe Centrale.
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l'EHCEE DU RHIN .

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les sommets, cl vis à vis du confluent de la Lahn , gardée jadis par le châ-teau de Lalmeck, s’élève Stolzenfels (Monlorgueil), reconstruit plus fier etplus beau qu’il ne lut jamais.

Dans l’intérieur du pays, chaque vallon qui descend vers le Rhin est aussidominé par de hauts donjons et des murs: on se demande comment tousles seigneurs, « ces oiseaux de proie du moyen âge, pouvaient vivre, n’ayantautour d’eux, comme le dit Théophile Gautier , qu’un cercle si restreint derapines. » Toutefois ces tours en ruine ne rappellent pas seulement des sou-venirs de pillages et de combats; l’imagination populaire a su les embellirpar des récits de poésie et d’amour : chaque tour a sa légende, mêmechacun des rochers d’ardoise que tournent les bateliers, remontant lecourant à force de rames ou se laissant glisser sur le flot. Les grands faitsde l’histoire transmis de bouche en bouche, les événements journaliersde la vie du matelot, les incidents de ses voyages, les hallucinations pro-duites par les jeux de la lumière, les ombres soudaines, les frayeurs de lanuit, tout s’est entremêlé pendant le cours des siècles en légendes gracieusesou terribles que les poètes ont recueillies depuis et mises en beaux vers.Parmi ces promontoires, le plus célèbre est la Lore Lci ou le « Rocher de laPlainte 1 ». Le cap n’est point l’un des plus remarquables d’aspect: ce n’estqu’une grande saillie d’ardoises déchiquetées; mais au pied de cette rochele courant est fort rapide; des écueils obstruaient autrefois le lit du fleuve,mainte embarcation s’y est brisée et souvent des mariniers engloutis y ontpoussé leur cri suprême, renvoyé quinze fois d’un bord à l’autre par l’iro-nique voix de l’écho. Telle est l’origine de la légende que les beaux vers deHenri Ileine conserveront à jamais.

Les vieux châteaux, les villes pittoresques bordant les rivages, les souve-nirs de l’histoire, le charme de la poésie ne sont pas les seules raisons quiattirent un si grand nombre d’étrangers et font d’un voyage sur le Rhin undes impérieux devoirs de l’homme de loisir, Allemand ou Français , Russe,Anglais ou Américain. Les falaises schisteuses du défilé rhénan sont aussidevenues célèbres à cause de leurs vignobles, qui d’ailleurs, s’ils ont con-tribué à la gloire du Rhin , n’en ont certainement pas accru la beauté. Lesfragments effrités du schiste glisseraient du haut en bas des escarpements,emportant le peu de terre végétale qui les recouvre, si des arbres ou desbroussailles ne les retenaient dans leur chute ou si l’homme ne les arrêtaitpar des murs en pierre sèche. En défrichant les pentes pour y planter desvignes, il a donc fallu que le cultivateur prît soin de soutenir les terres au

1 C. Mehlis. Studien zur deutschen Mythologie, Ausland, n 0 ’ 55, 187fi