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Quoique découronnée, Francfort ne cesse de grandir en importance. Sesfoires, il est vrai, sont loin d’èlre aussi fréquentées qu’elles l’étaient autre-fois; mais sos rues principales sont des marchés permanents, où se font euune semaine plus d’échanges que jadis dans toute une année. Par le com-merce de l’argent, par les opérations de banque, Francfort dispose aussid’une grande partie du mouvement industriel de l’Allemagne , et c’est làqu’a pris naissance cette puissante maison de banque dont tous les capitauxréunis s’élèvent peut-être à un milliard de francs. Francfort se distingueaussi parmi toutes les cités rhénanes par l’importance de son commerce delibrairie : c’est la ville du monde où parut en 1625 le premier journal quo-tidien, journal qui se publie encore, après plus de deux siècles et demi d’exis-tence, sous le nom de Frankfurter Oberpostamts Zeitung. Dans ses cam-pagnes environnantes, cultivées comme un immense jardin, s’élèvent denombreuses fabriques, et de toutes parts viennent s’y vendre et s’y entreposerles denrées agricoles. Ainsi que le dit un proverbe local : « La AYelterau (aunord) est le grenier de Francfort ; le Rheingau (à l’ouest) en est la cave ; laforêt et la carrière sont dans le Maingau (à l’est) ; la Gerau (au sud) est lacuisine. » 11 y a cent ans, la population de Francfort était de 50,000 habi-tants; elle dépasse maintenant 150,000 personnes, tant dans la ville quedans ies grands faubourgs de Bornheim, de Bockenheim et d’autres moinsimportants; elle est de 160,000 environ, si l’on comprend aussi dans lecercle urbain la ville industrielle d'Offenbaeh, située en territoire hessois,sur la rive gauche du Main. C’est la prospérité de la cité principale qui faitcelle de sa modeste voisine et qui alimente ses fabriques.
Francfort est une ville ouverte. Ses vieilles fortifications ont été rasées en1801, et la place en a été mieux employée pour servir de promenades et dejardins. De même, la plupart des anciens quartiers aux rues tortueuses,aux maisons surplombantes, ont été démolis et de larges rues, qui vien-nent aboutir au grand boulevard de la Zeil , permettent maintenant aux voi-tures de parcourir librement la ville dans tous les sens. I.a fameuse rue desJuifs (Judengasse), où les Israélites étaient parqués jadis et dont les barrièresétaient fermées la nuit et pendant les jours de fête, n’a plus heureusementces maisons sales et branlantes qui plaisaient aux amateurs du pittoresque :les démolitions en ont fait une rue sans originalité, pareille à toutes lesautres, et les Juifs, au nombre d’environ 10,000, ont pu se répandre danstous les quartiers de la ville. Le temps n'est plus où les Israélites de Franc-fort devaient endurer constamment des vexations officielles, aussi bien queles persécutions du peuple, et où, par exemple, le nombre des mariagescélébrés entre eux ne pouvait dépasser dix-sept par an : la plupart des cou-