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Livre III. L'Europe Centrale.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE

refrains; il aime à parler par sentences, à citer des mots nets et précisqui résument tout un discours. C’est le riche Frison des marais que l’onaccuse surtout de n’avoir aucun sens pour les choses de l’art. Entre les ha-bitants des polders et ceux du geest, les contrastes correspondent à ceux desterrains eux-mêmes, et les proverbes locaux signalent cette différence avecplus ou moins d’esprit et de justesse. L’homme du marais, campé sursa terre grasse, assuré d’un revenu régulier, est tranquillement orgueil-leux. « C’est un bœuf grossier, » disent les voisins. Quant à l’habitant desterrains sableux, il est obligé de s’ingénier pour vivre; la terre ne le nour-rit que s’il lui arrache son pain par un labeur acharné : son esprit s’af-fine ; il est moins riche que le propriétaire du marais, mais il est plusspirituel, plus vif et plus gai. Il voyage aussi beaucoup plus que son voisin,car la nécessité le pousse loin de sa patrie. Chaque année, un mouvementd’émigration traditionnel entraîne vers la Frise occidentale et les autres pro-vinces de la Néerlande des milliers d’ouvriers de l’Oldenburg, faucheursde prés, coupeurs de tourbe, maçons et peintres. Ces travailleurs nomades,connus dans le pays sous le nom de «Hollandais», partent régulièrementau printemps comme les oiseaux voyageurs et reviennent à la fin de l’au-tomne. L’industrie locale ne suffirait pas à les nourrir '.

Actuellement les villes minières et industrielles de la Weslphalie, lesgrandes cités, telles que Brème, Hanovre , Brunswick, attirent des campagnesun nombre de plus en plus considérable d’habitants, et par suite le peuplede cette région de l’Allemagne change rapidement ; mais vers les sources del’Ems, entre Delbrück et Munster, les paysans wcstphaliens rivalisent avecles Frisons des îles par leur fidélité aux anciennes mœurs. Ces descendantsdes anciens Saxons occidentaux ou Wcsl-Falcn sont dans l’Allemagne duNord les « conservateurs » par excellence, les gardiens jaloux de la traditionet du vieux droit écrit. Un grand nombre de maisons de ferme sont tou-jours construites comme au temps de Charlemagne . La maison, isolée, don-nant d’un côté sur le jardin, de l’autre sur les prairies et les champs, ornéeà son pignon de deux tètes de cheval en bois sculpté, est divisée en troiscompartiments : l’un pour la famille, qui couche dans des cabines enétagère placées autour de l’appartement; le second pour les animaux,qui regardent les maîtres par-dessus leur mangeoire ; le troisième pour lefoin et les instruments de travail. Au centre de la maison est le foyer, desorte que la maîtresse peut voir à la fois tout ce qui se passe dans son do-maine, surveiller en même temps les animaux domestiques, les enfants qui

1 Le duché d’Oldenburg est le pays d’Allemagne où se trouvent le plus d’idiots : 204 sur 10,000habilants.