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Livre III. L'Europe Centrale.
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L’ÉTAT PRUSSIEN ET L’EGLISE.

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côtés faibles, à tourner leurs chefs en ridicule. C’est qu’ils croient à leurmission : ils croient en l'Etat dont ils sont les serviteurs et les interprètes;ne le voyant point changer, dépendre tour à tour de l’un ou l’autre parti,ils ne changent point eux-mêmes et s’appuient sur lui, en toute confiance:ils lui remettent toute leur destinée; du reste le travail qu’on leur de-mande esL très-sérieux, et naturellement ils sont d’autant plus fidèles queleur labeur est plus pénible. Non-seulement ils doivent subir les examensordinaires exigés à la sortie des gymnases, ils ont encore à passer d’abordun premier examen de droit après trois années universitaires, puis à monterpéniblement, de stage en stage et d’examen en examen, jusqu’aux fonctionsadministratives ; la faveur même 11 e peut donner les places qu’aux candi-dats déjà préparés par de fortes études à leur poste futur. Une fois assis,leur position est à peu près définitivement assurée : ils ne peuvent êtrerévoqués qu’après jugement par une cour disciplinaire et après rejet deleur appel aïi conseil des ministres. Armés de grands pouvoirs, ils ont àprendre d’importantes décisions sans en référer au gouvernement central;il leur est recommandé d’apprendre à vouloir et d’user de leur initiative :chacun d'eux doit se sentir une part même de l’Etat. Aussi prennent-ilsleur rôle fort au sérieux; ils sont fonctionnaires jusque dans leurs familleset la gloire maritale se reflète sur l’épouse : partout les femmes se parentdu titre, en le féminisant, et quand elles sont en présence les unes desautres, l’éliqnette officielle ne manque jamais de faire précéder leurs nomsde la série bizarre des appellations auxquelles les maris ouf droit.

Dans ces derniers temps, la fureur des jeux de bourse et l’éblouissementcausé par les fortunes rapides ont démoralisé nombre de fonctionnaires ;mais, d’une manière générale, on peut dire qu’ils apportent une grande éco-nomie dans le maniement des deniers publics, et dans leur travail beaucoupde méthode. Leur administration marche sans chocs, sans cabots soudains;ou se plaint de leur morgue, il est vrai, mais on obéit ; d’anciens sous-offi-ciers dressés à la soumission, au respect des formules, Remplissent toutesles fonctions d’employés subalternes et façonnent les administrés à la règlegénérale. Il est donc tout naturel que la bureaucratie, c’est-à-dire l'Étal,veuille ramener dans ses cadres officiels tout ce qui lui échappe encore :« Un roi, une loi, » telle est sa devise.

Quant à la foi, elle reste libre, et depuis deux siècles déjà tous les culteschrétiens sont « tolérés», « reçus » ou « privilégiés »; mais l’État a prissoin de régler l’administration de l’Église dont les deux tiers des habitantsde la Prusse font officiellement partie. Ainsi dès l’année 1850 le gouverne-ment a réussi à fondre en une seule confession, dite évangélique, celles des