202
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
tout homme qui lui déplaisait; la plus grande marejue d’affection qu’il pûtdonner à un compatriote était de lui offrir le sang qu’il avait fait couler :« Regarde ce sang comme s’il avait été répandu par toi! Je le mets sur tatête ! 1 2 »
Dans les hautes terres iraniennes de l’orient, les immigrants de raceturque appartiennent à ces tribus turkmènes qui, depuis les premierstemps de l’histoire écrite, sont toujours en guerre contre les gens du pla-teau. On sait qu’avant l’extermination des Tekke et la prise de possessionde leur pays par les Russes , Persans et Turkmènes se disputaient inces-samment les pâturages des montagnes bordières et surtout le cours supé-rieur des ruisseaux alimentant les canaux d’irrigation. Les Iraniens avaientrarement le beau rôle dans ces combats. 11 arrivait qu’à la vue des agres-seurs, les Persans khorassaniens, pourtant les descendants de ces Parthes qui tirent trembler les légions romaines, jetaient leurs armes, présentaientleurs mains à la corde et liaient eux-mêmes leurs compagnons, sachantnéanmoins qu’ils allaient être livrés à une servitude pire que la mort 4 . Deleur côté, les gouverneurs persans faisaient aussi des captifs, mais seule-ment lorsque, disposant de forces considérables, ils pouvaient surprendreà l’improvrste un petit campement de Turkmènes isolés. D’ordinaire lespaisibles cultivateurs du plateau n’avaient d’autre ressource que de se réfu-gier dans les tourelles de défense qui, par dizaines de milliers, s’élèventau milieu des champs dans la région des frontières; ils laissaient passer laterrible cavalcade, puis, sortant de leurs retraites, ils rentraient dans lesvillages pour voir ce que leur avaient laissé les Turkmènes et compter lenombre des manquants. Lorsqu’une des tours de défense avait été prisepar les Turcomans, les gens du pays ne manquaient pas de la démolirpour en construire une autre, espérant qu’elle échapperait au mauvais sortde l’ancienne.
Certainement les pillards venus de la plaine auraient pu sans peines’établir sur les hauteurs conquises, mais leur vie vagabonde, leurs mœursde cavaliers les ramenaient sans cesse dans les régions basses, voisines dudésert. Cependant un certain nombre de tribus conservaient leur terrainde conquête, les unes pour y continuel' une existence nomade entre les pâ-turages d’hiver et les pâturages d’été, les autres pour y fonder des villagespermanents et se livrer à l’agriculture. Dans le Mazanderan , sur le ver-sant septentrional de l’Elbourz , de même qu’au sud de l’Àtrek, et dans le