Band 
Livre IX. L'Asie Antérieure.
Seite
247
JPEG-Download
 

TEHERAN .

247

cigognes, ces oiseaux respectés et presque vénérés du peuple, manquentcomplètement, tandis que les maisons et les ruines de Yeramin ont cha-cune leur nid 1 .

Au commencement du siècle, l’étranger qui eût essayé de séjourner àTéhéran pendant les chaleurs aurait été certainement emporté par leslièvres ou les autres maladies qu’engendrent les ordures. La capitale, endevenant plus vaste, s’est nettoyée et assainie; cependant dès que l’étécommence, la population aisée ne manque pas d'émigrer vers les hauteursdu nord, couvertes de villages et de maisons de campagne auxquels ondonne le nom collectif de Chemiran ou Chimran, dû peut-être à unelégende de la reine Semiramis*; les mœurs nomades des Turcs échangeantleur kichlak d’hiver pour leur yaïlak d’été se sont heureusement mainte-nues. Au moins un tiers des Teherani émigrent dans la même semaine etles convois de chevaux et bêtes de somme portant meubles, tapis, tentes,vivres, ont plusieurs kilomètres de longueur; on ne compte pas moins de“2000 chameaux seulement pour le transport des bagages du roi 3 . Les four-nisseurs, les mendiants, les soldats, la police suivent la cour et les ambas-sades dans leurs villages respectifs, et tel site isolé pendant l’hiver setrouve transformé soudain en un champ de foire. Le palais royal de Aia-veran, autour duquel se groupe la population, est bientôt entouré d’unevéritable ville de baraques, le sol se couvre de débris et l’air est empoi-sonné de miasmes impurs : la cour émigre alors une seconde fois, pour allercamper sous la tente, à plus de 2000 mètres d’élévation, au bord du Lai-,dans les vallons fleuris qui s’ouvrent à la hase du Demavend . Ask, sui-tes pentes du volcan, se peuple de Teherani et ses sources thermales (Ab-i-Gcrm) reçoivent des milliers de visiteurs. L’ambassade russe et l’am-bassade anglaise possèdent chacune un village d’été, où la seule autoritéreconnue est celle du tsar et de la reine d’Angleterre; le palais moscovite est à Zergcndeh, celui du ministre britannique à Goulhck; l’ambassadefrançaise réside à Tedjrich, à l’ombre de magnifiques platanes, dont l’unétait déjà fameux il y a deux siècles. Les habitants de Goulhck, dispensésde tout impôt, jouissent d’une grande prospérité, si l’on en juge par le bonentretien des maisons, les arbres et les fleurs qui ornent les bords deschemins, l’animation des rues où se croisent incessamment les voitures.Tous les jardiniers de Goulhek sont Guèbres.

1 E. Tietze. Milthcilungen (1er Geographischen Gesellschaft in IFien, 15 juli 1875.s Cari Ritler, Asien , vol. VIII.

5 Émile Duhousset, Le Tour du Monde, 1860; — J. E. Polak , Persien, das Land und seineBewohner.