CHAPITRE V
TURQUIE D’ASIE
I
De même que la Turquie d’Europq, la partie de l’Asie Antérieure quogouverne le sultan de Constantinople est une région politique démembrée,un reste d’empire, et maint territoire ne lui appartient qu’à demi, commepar la permission des grandes puissances européennes . Au nord-est, laRussie a récemment rectifié la frontière à son profit, en s’emparant despoints stratégiques au faîte de partage; d’avance on désigne les chemins paroù ses armées descendront vers l’Euphrate et les districts arméniens etkourdes qu’elle annexera aux autres déjà conquis. L’Angleterre, sans pou-voir empêcher ces changements politiques, comme elle s’y était imprudem-ment engagée en assumant le protectorat des possessions turques dol’Asie , a voulu prendre sa part du butin et s’est attribué l’île de Chypre,d’où elle pourra du moins surveiller les évènements. Il n’est pas jusqu’auxGrecs du littoral qui, par la constitution de la petite principauté deSamos , sous la suzeraineté officielle de la Porte, n’aient commencé l’œuvrede revendication contre les Ottomans .
Et tandis que, sur les frontières et sur les côtes, l’empire turc de l’Asie est menacé dans son intégrité soit par l’étranger, soit par des sujets quireprennent leurs droits, il perd sa cohésion à l’intérieur par des conflits detribus et de classes : on démolit la façade, et l’édifice se lézarde à l’inté-rieur. Grecs et Turcs, Lazcs, Kourdes, Arméniens, Maronites, Druzes ,Ansarieh s’agitent comme si le lien qui les rattache en un même faisceaupolitique devait bientôt être rompu. Maint territoire indiqué sur lescartes comme appartenant au padichah, est habité par des tribus réellementindépendantes. En outre, des régions désertes ou dévastées séparent lesunes des autres diverses provinces de l’empire, et dans la partie méridio-nale il faut marcher de longues journées à travers les solitudes pour se