TIGRE ET EUPHRATE.
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Tigre perd moins d’eau par l’évaporation et se répand dans les campagnesriveraines en moins d’étangs et de marécages. Des bateaux à vapeur d’unfaible tirant le remontent jusqu’à Bagdad, et pourraient même atteindreTekrit, à près de 1000 kilomètres de la mer; en amont, jusqu’à Mossoul ,le fleuve ne porte que des barques, et plus haut, entre Mossoul et Diarbe-kir, le seul véhicule flottant est le kellek ou plancher soutenu par des outres.De Moltke et Mühlbach furent les premiers Européens qui descendirent lefleuve de cette manière et qui reconnurent ainsi les défdés grandioses parlesquels le Tigre échappe à la région montagneuse 1 2 .
En aval du confluent des deux rivières maîtresses, — le Mourad, qui a leplus d’eau, et le Frat (Kara sou), qui a pris le nom, — l’Euphrate , c’est-à-dire le « Fleuve par excellence » 3 , a déjà la plus grande partie de la masseliquide qui s’unit au Tigre dans le Cliat-el-Arab; les lits des deux Euphrate ont en moyenne plus de 100 mètres de largeur, 1 mètre de profondeur, etla rapidité du courant est de 5 mètres par seconde; en temps de crue,c’est-à-dire du milieu de mars à la fin de mai, le niveau s’élève ordinai-rement de 5 à G mètres, et bien plus haut encore lors des inondationsexceptionnelles 3 ; les cluses où passe le courant sont remplies de falaise àfalaise et les sentiers des rives sont noyés par le flot. Avant de sortir dela région montagneuse, l’Euphrate se grossit encore de quelques affluents,qui viennent le rejoindre précisément au sommet de la grande courbequ’il décrit à l’ouest des derniers chaînons du Taurus. En cet endroit,les eaux des hautes terres de l’Arménie s’étaient amassées en un lac donton voit encore les anciennes plages sur les escarpements environnants etqui a laissé de nombreux marais dans les riches terres d’alluvions deMalatia, déposées par les courants de l’Euphrate et de ses tributaires : il estpeu de contrées dans l’Asie Antérieure dont le sol soit aussi fécond, maisil n’en est guère de plus insalubres. Parmi ces rivières du versant occiden-tal qui s’unissent à l’Euphrate , la plus abondante est le Tokma-sou, leMêlas des anciens, dont les sources s’entremêlent sur le faîte de partageavec celles du Djihoun ou Pyrame de Cilicie, affluent de la mer deChypre. La plaine basse du Tokma et de l’Euphrate est située exactement àmoitié chemin de Constantinople à Bagdad; c’est un lieu de repos sur cetteroute maîtresse de l’empire turc. D’autres voies historiques passent aussi
1 Cari Ritter, Asieti, vol. X.
2 Friedrich Dclitzsch, ouvrage cité.