Band 
Livre IX. L'Asie Antérieure.
Seite
400
JPEG-Download
 

400

NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

décombres qui restent des villes d’autrefois, tandis qu’on n’a point retrouvéde ruines au bord du fleuve actuel. À 80 kilomètres environ au sud dela bifurcation primitive commence le bras que l’on appelle canal de Ilin-dieli, et qui devrait son nom à des travaux de réparation entrepris audernier siècle par un nawab de l’Inde , mais il paraît avoir existé, sousd’autres appellations, à une époque antérieure; mainte coupure avait étédéjà faite pour régulariser le lit changeant. Le canal de Ilindieh emportemaintenant près do la moitié des eaux du fleuve principal et se déverseà l’ouest dans la vaste « mer » de Xedjef; ses eaux sont bien diminuéespar l’évaporation quand elles sortent de ce vaste réservoir marécageux pourrevenir vers le lit majeur. Par l’effet de ces diramations fluviales, il estarrivé que le bras auquel on conserve le nom d’Euphrate a cessé d’êtrereconnaissable. Au milieu des marécages de Lamloun, il n’a plus que 75mètres de rive à rive; le chenal proprement dit n’a plus, dans la saisonsèche, que 60 centimètres de profondeur et 5 à 4 mètres de large; endescendant en barque le cours du fleuve, les Anglais Kemball et Bewshereurent fréquemment à traîner leur bateau dans la boue et à se frayer unpassage à travers les roseaux, là où les vaisseaux à vapeur de Chesneyavaient trouvé trente années auparavant 4 à 6 mètres d’eau.

En aval, l'Euphrate reprend sa largeur normale, grâce au retour du Ilin-dieh et des eaux qui s’épanchent des canaux riverains, grâce aussi auxapports qui lui viennent du Tigre, car, par un singulier phénomène, lefleuve oriental, après avoir reçu les écoulements de l’Euphrate , devient àson tour tributaire de son rival : l’échange se fait de l’amont à l’aval. D’ail-leurs le système de canalisation est aussi défectueux dans la zone riverainedu Tigre que dans celle du fleuve babylonien, et maint canal, au lieu de seramifier en rigoles secondaires et en filioles, va se perdre en de vastes ma-récages, empoisonnant l’atmosphère. Lors des inondations, il arrive fré-quemment que les digues se rompent en amont de Bagdad et la ville setrouve pendant des mois entiers séparée des hautes terres de l’est par unenappe, du milieu de laquelle s’élèvent des buttes insulaires, refuge des vil-lageois que surprend le désastre. Le courant d’inondation n’est plus allégécomme autrefois par tous ces canaux latéraux, qui communiquaient avecdes réservoirs creusés dans l’intérieur des terres et protégeaient ainsi lesplaines d’aval en gardant l’excédent des eaux jusqu’à la fin de la crue. Lesaffluents orientaux du Tigre , qui se prêtent mieux au travail de canalisationque le fleuve principal à cause de leur moindre volume et de la plus grandedéclivité de leurs pentes, sont aussi beaucoup mieux utilisés : c’est prin-cipalement aux eaux du Khalis, dérivé de la Diyalah, que les campagnes de