456
NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
plus l’espace rectangulaire enfermé dans ses remparts; une moitié du ter-rain est couverte de ruines, au milieu desquelles cheminent les caravanescomme dans un coin du désert. Dans l’enceinte même se voient des amasde décombres, alternant avec des bouquets de palmiers ; plusieurs quar-tiers sont composés de misérables cabanes, aussi délabrées que celles desvillages de l’intérieur; cependant la cité, prise dans son ensemble, est l’unedes plus prospères de l’empire turc. Comme lieu de transit et d’entrepôt,elle reçoit les denrées et les objets précieux de toute l’Asie Antérieure, etles huit bateaux à vapeur turcs et anglais qui, en 1885, font le servicedu fleuve entre Bagdad et Bassora , ne suffisent pas au transport des mar-chandises, laines, grains, noix de galle. Par sa propre industrie, Bagdadcontribue au commerce d’exportation; ses dattes, les légumes et les fruitsde ses jardins sont vantés dans tout l’Orient; on achète à haut prix seschevaux, et surtout ses ânes blancs, mouchetés de couleur par le henné.Bagdad a diverses institutions que l’on chercherait vainement dans les autresvilles de l’Orient; outre les médressé musulmanes et les écoles ouvertes parles missionnaires européens, catholiques et protestants, elle possède uneécole professionnelle où l’on enseigne divers métiers pour le travail dubois, des métaux, des étoffes, du papier, des produits chimiques; aprèsavoir été fermé pendant quelque temps, ce collège a été rouvert avec suc-cès. Récemment il a été question de créer une école française en Orientpour l’enseignement de l’arabe 1 . Bagdad a même, — chose rare en Orient ,— quelque souci de son hygiène : au nord, sur la rive gauche du Tigre ,s’étend un beau «jardin du peuple », arrosé par des ruisseaux abondantsqu’alimente une pompe à vapeur. Le plus grand désastre qui ait frappéBagdad pendant le cours du siècle, est la peste de 1851 ; elle lui fit perdre,par la mort ou par la fuite, les trois quarts des habitants. La peste de1849, celle de 1877, ont fait aussi des ravages dans la capitale de laMésopotamie , mais une meilleure organisation sanitaire, de plus grandesfacilités de déplacement et plus de bien-être diminuent régulièrementl’intensité du fléau. Bagdad est mieux protégée qu’autrefois contre lesinondations : le mur d’enceinte est entouré d’une haute digue que nepeuvent franchir les eaux débordées; à la moindre alerte, les soldats vontcamper sur la levée et travaillent à combler les brèches, à consolider lespoints faibles*. La « datte de Bagdad », autre forme du « bouton d’Alep »,atteint presque tous les habitants de la cité, indigènes ou étrangers.
1 E. Desjardins. Noies manuscrites.- Floyer, Une.rplored Baluchistan.