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Livre IX. L'Asie Antérieure.
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HISTOIRE DE L’ASIE MINEURE.

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péra, par le génie des Hellènes riverains, celte merveilleuse élaborationde tous les éléments d’art, de science, de civilisation provenant de la Clial-dée, de l’Assyrie et de la Perse, du monde sémitique et même, indirecte-ment, de la lointaine Egypte ; ils mirent en œuvre tous ces matériauxétrangers et c’est par eux que tout ce nouvel avoir fut transmis à leursfrères de race dans les îles de l’archipel et sur les côtes continentales dela Grèce. L’Anatolie a été comparée à une main tendue par l’Asie à l'Eu-rope 1 ; mais cette main n’aurait point répandu ses bienfaits si de l’un àl’autre rivage les Hellènes n’avaient servi d’intermédiaires.

11 est peu de contrées au monde où, suivant l’expression de Curtius,« plus d’histoire se soit pressée dans un espace plus étroit ». Sur cettezone du littoral si favorisée par le climat, sur ces rivages si bien découpésen golfes et en presqu’îles, dans ces plaines alluviales où la nature, aidéede l’homme, fait naître les plantes nourricières avec tant d’abondance, lespopulations devaient accourir en foule et se disputer le sol avec acharne-ment. ll’un côté, les habitants des plateaux et des vallées de l'intérieurs’efforcaient de garder possession des terres riveraines de la mer Egée; del’autre, les peuples de marins, commercants ou pirates, cherchaient àprendre pied sur ces rives si pleines de promesses. Après de longues alter-natives de luttes sanglantes et d’exterminations, que racontent les mytheset les poèmes antiques, ce furent les populations les plus mobiles, les plusvivantes, celles de la mer, qui remportèrent la victoire. Les Grecs desouches diverses, Lélèges, Ioniens, Dorions, s’emparèrent des ports lesmieux situés, et les villes qu’ils fondèrent devinrent populeuses et puis-santes. C’est là que, de tous les éléments appartenant aux civilisationsdistinctes de l’Egypte, de la Syrie, de la Perse, de l’Inde , des régions duCaucase, sortit ce mouvement d’art cl de science qui nous entraîne :là sont nos véritables origines. Les Ilomérides y récitèrent les chants lesplus anciens de notre littérature méditerranéenne; l’art ionien y atteignitson plus haut degré de grâce et de splendeur ; les philosophes y émirentsur la constitution de l’univers des hypothèses que l’on discute encore; etc’est dans une ville de l’Asie Mineure, la fameuse Milet, qu’Anaximandre ,Hécatéc, Aristagoras dressèrent les premières cartes, il y a plus de vingt-quatre siècles, sur des tables de bronze. Pourtant il est rare que justicesoit rendue aux Hellènes asiatiques. De même que pendant des siècles onvit la Grèce à travers le monde romain, de même, par un effet de perspec-tive, on voit surtout l’Asie Mineure hellénique comme dans l’ombre de

1 Curtius, Geschichlc von Griechenland .