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Livre IX. L'Asie Antérieure.
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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.

no fleurissent en aucun district éloigné des édifices bâtis par les Ghiaour 1 .11 est aussi des vergers que la tradition dit avoir été plantés par les Croi-sés ou par les Génois; noyers, pommiers et cerisiers se succèdent dansle même vallon sans avoir empiété sur le sol environnant ou sans que leurdomaine ail diminué depuis la disparition des infidèles. Mais si l’Anatolie a reçu dans les derniers siècles quelques espèces végétales apportées pâl-ies Européens, elle a donné bien davantage. Au seizième siècle, les pre-miers jardins botaniques de l’Occident 11e furent en réalité que des écolesd’acclimatement pour les végétaux levantins : c’est alors que Pierre B0I011introduisit en France les chênes-verts, l’arbre de Judée, l’agnus eastus, lessumacs, le genévrier d’Orient, les mûriers blanc et noir, le viburnuintinus, le jujubier, le diospyros lotus, le myrte et tant d’autres plantes del’Anatolie 2 .

11 11c se fait guère de plantations nouvelles en Asie Mineure, si ce n’estdans les régions de vignobles. Nulle part n'a commencé l’œuvre si néces-saire du reboisement; on se borne à élever autour des villes et des villagesles quelques arbres qui sont devenus, pour ainsi dire, les compagnons insé-parables de l’Iiommc : le platane, qu’il associe à son repos, à ses prières,à ses jeux, à toute sa vie domestique; le cyprès, qui veille sur les morts.11 n’est pas de contrées où ces arbres soient plus beaux et plus respectésque sur le littoral analolien. Le platane semble éveiller les idées riantes : sonfeuillage mobile, agité par la moindre brise, rafraîchit l’atmosphère; assezdense pour éteindre l’ardeur du soleil et 11c laisser pénétrer qu’une lumièrecendrée, il n’est pas assez touffu pour cacher la vue du ciel; le regards’étend au loin entre les fûts cl les rameaux à l’écorce claire, sans aucunerégularité monotone. L’habitude a fait du platane un arbre presque sacré :maints villageois, trop pauvres pour dresser un minaret à colt- de leur mos-quée, érigent une plate-forme en bois sur la branche horizontale d’un pla-tane, d’où le muezzin appelle à la prière, entouré de pigeons qui picorentles grains épars répandus à ses pieds. Le cyprès reçoit aussi une part dela vénération que l’on porte aux aïeux; mais il n’a point la rigidité mornede scs congénères de l’Occident : plus haut et plus large, il a le portmoins régulier, la ramure plus libre, et forme des massifs admirables;le cimetière est d'ordinaire ce que la cité d’Orient a de plus beau.

Le déboisement a eu pour conséquence la disparition d’un grand nom-bre d’espèces animales. Ainsi le lion, que le témoignage des anciens nous

1 Kotschy, ouvrage cité.

- Lavallée, Société nationale et centrale (THorticulture, sept. 1885