FLORE DE L'ASIE MINEURE.
523
L’étagemenl tics zones de végétation sur les poules des montagnes ne sevoit en aucune partie de l’Anatolie mieux que sur les escarpements méridio-naux du Taurus cilicien. A la base, des groupes de palmiers, des vergers en-tourés de haies d’aloès indiquent la région subtropicale; sur les premièrescollines se montrent les grands arbres à feuilles caduques; plus haut lesconifères s’emparent du sol : d’abord, les pins de couleur sombre, puis lesnombreuses espèces de genévriers, puis les sapins de la Gilicio et les cèdres.Dans aucune partie de l’Asie Mineure ou de la Syrie , même sur les pentesdu Liban , on ne trouve de eédrières comparables à celles qui ceignentles escarpements du Iîoulgar-dagh jusqu’à *2000 mètres d’altitude. Plu-sieurs millions de cèdres admirables y croissent en groupes au-dessus de lamer des pins, des sapins et des genévriers; mais là aussi se propagent lesincendies allumés par les pâtres dans les broussailles et souvent des mil-liers d’arbres flambent à la fois : on dirait un fleuve de lave s'épanchantde la montagne. Au-dessus de la zone forestière s’étend la brousse, quiremplace les hauts pâturages d’Europe . Dans le Taurus cilicien, on netrouve que rarement des pentes gazonuées, si ce n’est au bord des sources;jusqu’au pied des rocs arides et jusqu’aux stries de neige, croissent desplantes ligneuses et des arbrisseaux au feuillage d’un beau vert. A une hau-teur où les montagnes d’Europe n’offrent que la surface uniformément grisedu pâtis, des touffes de fleurs aux couleurs éclatantes émaillent le sol, don-nant à ces régions silencieuses une variété d’aspect dont les pâturages desAlpes ne peuvent donner aucune idée 1 . Au nord-est de l’Asie Mineure, lesmontagnes politiques présentent une ressemblance beaucoup plus grandeavec les monts de l’Europe centrale , mais elles sont plus riches; en mainteprairie on peut voir jusqu’à deux cents espèces de plantes alpines. Une.même croupe peut appartenir par l’un de ses versants à la zone politiqueet par l’autre à la zone des steppes : de ce côté les plantes sont espacées etd’un type uniforme; de loin leur vert grisâtre se détache à peine des cou-leurs ternes de l’argile ou de la pierre 2 .
Les botanistes ont constaté que des colonies d’espèces étrangères se ren-contrent sur les terrains où s’étaient établis des immigrants. C’est ainsique, parmi les débris des forteresses élevées par les Génois et les che-valiers de Rhodes sur quelques promontoires et sur des îlots de la coteméridionale, naissent des saponaires et autres plantes d’Europe , descendantde celles que semèrent les Occidentaux, il y a six ou sept siècles ; elles
’ Kostcliy, Reise in den CUicisckm Taurus.- Giiesliacli, ouvrage cité.
iv.
67