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Livre IX. L'Asie Antérieure.
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GRECS DE LA CAPI'ADOCE ET Dü LITTORAL .

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chants grecs ne sont répétés que par les vieillards; en mainte famille,les enfants ne parlent plus l’idiome national 1 ; même au commencementdu siècle, des communes grecques, ayant perdu leur langue, perdirentaussi leur religion ; M. Karolidis a traversé des villages, jadis de culte etd'idiome helléniques, devenus mahomélans aujourd’hui. Il est probableque des conversions du même genre se sont faites antérieurement depuisles premiers temps de l’invasion turque. M. Karolidis ne semble pas mêmeéloigné de croire que les Afchar de la Cappadoce, très différents desAfchar de la Perse, sont en réalité les descendants des indigènes jadis hel-lénisés; ils ne diffèrent pas des autres mahométans par le langage, maisleurs mœurs rappellent par mille détails celles des anciens tirées. Ladécadence de l’hellénisme dans les villages de l’intérieur est probable-ment arrivée à son terme, car ceux des Grecs qui ont gardé leur nom gar-dent aussi la conscience et la licrlé de leur origine réelle ou supposée, etmaintenant ils se trouvent en relations directes avec leurs frères, qui lessoutiendront dans la lutte pour l’existence.

Quoi qu’il en soit, les progrès de la nationalité grecque dans les régionsdu littoral sont tellement rapides, que l’on pourrait être tenté de calculerpar une règle de proportion en combien de décades l’ancienne Asie grecque, jusqu’à la région des plateaux, sera reconquise sans effusionde sang par la substitution graduelle d’une race à l’autre. La déno-mination religieuse est, le cadre extérieur de l’envahissante sociétégrecque, mais la propagande dogmatique n’est pas le mobile de cettecomplète; au contraire, les Grecs de l’Asie Mineure, naguère désignéssous le nom général de « Chrétiens », se distinguent rarement par laferveur de leur orthodoxie; les prêtres n’ont qu’une faible influence et,sauf dans les villages, ils ne sont guère consultés sur les affairesciviles de la communauté. Le lien des sociétés helléniques est le patrio-tisme; ils se sentent solidaires des autres Grecs du bassin de la Médi-terranée, indépendamment des limites conventionnelles; s’ils regar-dent vers Athènes plus que vers Constantinople , on peut dire néanmoinsqu’ils voient la patrie, non dans une ville quelconque, mais dans ce Ilotmobile qui baigne les îles de l’Archipel et qui, d’Alexandrie à Odessa ,mouille les plages de tant de colonies grecques. Tous les Hellènes de l’Ana-tolie sont pénétrés de la « grande idée » et tous connaissent le moyende l’accomplir. Nul peuple ne sait mieux assurer l’avenir par l’édu-cation des enfants; à cet égard, leur initiative égale même celle des Armé-

G. Perrot, Souvenirs d'un voyaye dans l’Asie Mineure ; — Karolidis, mémoire cité.