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NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE.
santés du Roumeli-hissar, bâti par Mahomet II , est défendu, sur la pointeopposée, par l’Anadoli-hissar, que fit ériger le même conquérant. C’est làque les eaux rétrécies du courant marin frémissent comme un fleuve, atten-dant, semble-t-il, le pont que Michel-Ange voulait, d’un château à l’autre,jeter entre les deux continents. Mais si les ingénieurs doivent déshonorerle Bosphore par quoique affreux tube de fer, semblable à tant d’autresqui gâtent les plus beaux sites, puissent-ils tarder longtemps dans leurœuvre funeste !
Immédiatement au sud du château d’Anatolie s’ouvre un petit vallongazonné où serpente un ruisseau, à l’ombre des frênes, des platanes et dessycomores : c’est la « vallée de l’Eau Céleste », désignée ordinairement parles étrangers sous le nom d’Eaux Douces d’Asie, par assimilation aux EauxDouces d’Europe, où les dames de Stamboul aiment à venir s’étendre sousles ombrages, autour d’une fontaine murmurante. Les faubourgs asiatiquesde Constantinople commencent au promontoire qui limite le vallon desEaux Douces . Kandili, Yani-koï, Kouleli, Tchengel-koï, Beiler-bey, Islavros,Ivouz-goundjouk, Scutari (Ouskoudar) se suivent en ligne continue sur unedizaine de kilomètres, opposant aux villes de la rive orientale palais àpalais et mosquée à mosquée. Plus de cent mille habitants peuplent cetteberge, se groupant en quartiers, suivant leur nationalité, Turcs , Grecs etArméniens. Scutari, le faubourg d’Asie dont la pointe est directement enface de la Corne d’Or, renferme à lui seul plus de la moitié de cette popula-tion, et les Turcs y sont de beaucoup les plus nombreux. Oubliant lesorigines grecques de l’ancienne Chrysopolis, ils voient dans Scutari uneville sainte : là est le promontoire extrême de leur patrie; c’est là, disentles prophéties, qu’ils se retireront quand on les chassera de Stamboul . Enhaut, sur la colline, se voient les grands cyprès qui abritent peut-être quel-ques millions de leurs morts, enterrés sur la poussière d’autres millions decadavres, thraces et byzantins *. Jusqu’à maintenant les innovations euro-péennes n’ont pas modifié la ville ottomane . De nombreuses rues ont gardéleur caractère original ; rien n’y est changé, ni les fontaines de marbrecouvertes d’arabesques et surmontées d’un large toit recourbé, ni les préauxà fenêtres grillées où quelques pierres tombales à turbans sculptés se mon-trent au milieu des broussailles, ni les maisons en bois dont les deux étagess’avancent en surplomb, voilant .toutes leurs ouvertures sous des treillisen losange, ni les chemins sinueux et montants sur lesquels les platanesétendent leur ramure. Le mont Boulgourlou, qui domine Scutari , est l’ob-