PORTE DE CILICIE, SITUATION DE L'ASIE MINEURE.
CGI
mains que des tertres funéraires et des ruines helléniques ou romaines. Etpourtant le commerce, indice de l’activité agricole et industrielle, s’accroîtd’année en année. Si la Turquie d’Asie a perdu ses exportations de garance,si la maladie des cocons a réduit la production des soies grèges, elle ex-pédie plus de cotons, d’opium, de raisins; la seule place de Smyrne amaintenant un commerce extérieur plus considérable que celui de toutel’Anatolie au commencement du siècle. 11 est probable que dans l’ensembleil y a progrès : la résultante générale de tous les éléments en conflit sembleindiquer un accroissement de la population et de son bien-être.
Le contraste violent entre les deux moitiés de l’Anatolie , celle du littoral,qui tend à devenir européenne, et celle des plateaux, qui appartient encoreà l’Asie Centrale , ne peut manquer de s’atténuer dans un avenir pro-chain. Divisée en bassins divergents qui s’inclinent vers des mers dis-tinctes et que séparent des cavités sans écoulement, la Péninsule n’avaitpoint d'unité géographique : mais cette unité que lui refusa la naturecommence à lui èlre donnée par l'homme. Le commerce, facilité par lesvoies de communication, nivelle les obstacles primitifs, enlève aux faîtes departage, aux escarpements des montagnes, leur influence, autrefois déci-sive, sur les mouvements de l’histoire, relâche peu à peu les liens de dépen-dance qui rattachaient les populations à la glèbe natale. Déjà les wagons dechemins de fer commencent à faire concurrence dans l’Asie Mineure aux100 000 chameaux de charge qui suivent les chemins des caravanes. Dèsque l’intérieur de l’Anatolie sera devenu aussi facilement accessible queles contrées de l’Europe et de l’Amérique déjà pourvues d’un réseau devoies ferrées, on verra s’abaisser la barrière qui sépare l’uniforme plateaudu pourtour dentelé des côtes : de proche en proche l’action du dehors sefera sentir jusque dans les hauts pâturages que parcourent les Yuruk. Laforme même de l’Asie Mineure la livre d’avance aux entreprises des Euro-péens . Sur trois faces elle est baignée par la mer et, de Batoum, devenurusse, à Mersina, situé en face d’une île anglaise déjà, tous les ports sontautant de points d’attaque; enfin, par sa face continentale, l’Anatolie , jadisen libre communication avec les tribus Lourdes , turques et turkmènes desmontagnes médiques, est maintenant limitrophe d’une puissance euro-péenne; elle est prise à revers, et de ce côté aussi le réseau des routes s’ac-croîtra rapidement.
Dans l’œuvre de transformation graduelle, c’est à Smyrne « l’Infi-dèle » et non pas à Stamboul qu’appartient l’initiative. Il est naturel queles Ottomans de Constantinople s’occupent à contre-cœur de travaux pu-blics dont hériteront les étrangers; le chemin de fer qui commence à Scutari