ÉLOGE
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d’autres, de la proscription prononcée contre la Réforme. Il est cer-tain que cette cause influa sur la renommée de l’historien Jean de Serres , et il est apparent qu’on crut devoir envelopper dansles mêmes préventions le Théâtre d’Agriculture , composé par sonfrère aîné , quoique ni le sujet du livre, ni rien , dans la manièredont notre Olivier l’a traité , pût prêter à des idées de con-troverse dogmatique. Mais l’esprit de parti n’y regarde pas de siprès : il excuse tout dans les siens , il condamne tout dans les autres,il ne peut rien souffrir qui ne porte pas ses livrées. En révoquantl’édit de Nantes , on retira les privilèges de tous les livres com-posés par les disciples de Calvin , et, pendant un siècle et demi,les presses catholiques n’osèrent reproduire le Théâtre d’Agricul-ture > parce que son auteur étoit, après sa mort, au nombre desnon-conformistes.
Ce silence étonnant sur Olivier de Serres , a duré troplong - temps en France . On en est d’autant plus surpris , queson livre , comme on l’a dit , avoit, dès sa naissance, joui d’ungrand succès pendant plus d’un demi-siècle. Les contemporains enjugèrent d’une manière favorable. Voici ce qu’en disoit le fameuxJoseph Scaliger : «L’Agriculture û’Olivier de Serres est» fort belle ; elle est dédiée au roi, lequel trois ou quatre mois» durant, se la faisoit apporter après dîner, après qu’on la lui eut» présentée j il est fort impatient, et si, il bsoit une demi-heure. »( Scalig . adit. ij, pag. 3o6.)
Il s’agit du roi Henri IV , et ces lignes de Scaliger sont extrême-ment curieuses. Mais on ne s’étoit pas avisé de les déterrer dans lerecueil assez confus d’entretiens familiers , appelé Scaligerana. Onavoit donc perdu de vue le Théâtre d’Agriculture , et sur-toutson auteur.
Des savans , qui s’étoient chargés de nous faire connoître tousles meilleurs ouvrages anciens et modernes, relatifs à l’agriculture ,paroissent avoir ignoré notre Olivier de Serres . Il n’est pas