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de Serres! On les préféra cependant, parce qu’elles étaient,dit-on , en françois plus moderne. Les soins qu’on avoit pris pourépurer la langue , firent abandonner le Théâtre d’Agriculture }comme un ouvrage suranné. Voilà du moins quelle est l’opinioncommune ; mais je ne la partage pas : je dois motiver mon avis.
Les révolutions de la langue françoise ont fait vieillir, en effet,un grand nombre de livres ; mais il est des auteurs que leur naïveté,ou leur précision a sauvés du naufrage des compositions gauloises.Ces auteurs font aimer leur physionomie antique. Ils ont une cou-leur à eux : la rajeunir, c’est l’altérer, comme on dégrade un vieuxpalais qu’on s’avise de regratter. C’était l’avis de Bayle . Boileau se moque aussi de celui qui avoit traduit le françois ééArnyot. Onne pourroit pas supporter une version de Montaigne . Nous croyonsqu’OLiviER de Serres est un peu de la même trempe. L’intérêtd’un livre a trois sources , le sujet, le plan et le style. Le Théâtred’Agriculture réunit ces trois avantages : le sujet en est bien saisi 5l’ordonnance en est simple et grande 5 quant au langage de l’au-teur , on voit qu’il avoit fait d’excellentes études , et que les formesde son style sont celles des auteurs classiques. Il jette dans ce mouledes notions si justes, des idées si précises, et des conceptions si nettes,qu’une sorte de charme est encore attachée à sa manière de lesrendre. En lisant posément le Théâtre d’Agriculture, on l’entendsans aucune peine ; malgré la grammaire moderne , on s’habitue àses tournures , on aime à remonter au temps où l’auteur écrivoit.Nous nous plairions à conférer avec un bon vieillard qui eût vécusous Henri IV , et qui lui eût parlé. En dépit de son vieux langage ,s’il avoit de l’esprit, nous saurions l’écouter avec attention. Eh bien !voilà précisément l’espèce de plaisir que donne le livre d’Or ivie rde Serres. Ce n’est donc pas son style qui a dû tout-à-couplasser ses imprimeurs , ou lui dérober ses lecteurs.
Voici une autre conjecture, que je crois plus probable. Peut-êtrecet ouvrage, étant celui d’un protestant, s’est ressenti, comme bien
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