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Ou l’ombre des forêts que leurs soins élevèrent,
Ou les pampres touffus que leurs mains cultivèrent !Quel magnifique dais , préparé pour les rois ,
Peut jamais effacer la verdure des bois ?
Quel luxe égaleroit les dons de la nature ?
Quel trésor peut valoir les fruits de la culture ?
De Serres , tu le sais, tu produis à nos yeux,D’un art nouveau pour nous l’effet prodigieux.
Sous tes mains, aujourd’hui, quels miracles étaleUn ver débile, enfant de l’Inde orientale !
Ce ver est, tour-à-tour , papillon , vermisseau ;Ainsi que le phénix , sa tombe est son berceau :
Il renaît de lui-même en ses métamorphoses ;Emblème merveilleux du changement des choses ,
Et de l’ordre éternel, qui sans cesse détruitCe qu’en le détruisant, sans cesse il reproduit.
Ce ver ourdit d’un fil la trame précieuse,
Qui du pauvre occupant la main laborieuse ,
Va devenir des rois le plus riche ornement jMais lui-même , en ce fil construit son monument.De ce riche sépulcre il perce la barrière ,
Et sous une autre forme il revoit la lumière.
Il vole 5 il pond des œufs , où son germe enfermé,Durant le triste hiver semble être inanimé ;
Mais dès qu’au doux printemps la nature s’éveille ,De ces œufs réchauffés, ô surprise ! ô merveille !L’insecte ressuscite. Il vit à peu de fraisDes feuilles du mûrier que tu plantas exprès.
Il vit , il recommence une trame nouvelle ,
Prolonge ainsi pour nous sa richesse éternelle,
Et seul des animaux, faisant toujours du bien,
Dans sa vie , à sa mort, il ne peut nuire en rien.Si, dans la France , un jour, le commerce déploieLes tissus somptueux qu’on doit aux vers à soie ,De Serres, c’est de toi qu’il les aura reçus.
Que ton nom soit gravé sur tous ces beaux tissus !
ÉLOGE