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Tu les semois toi-même, alors que Rome entièreVint te presser d’entrer dans une autre carrière.
D’un cruel ennemi Rome craint la fureur :
Rome veut un héros, et prend un laboureur.
Ce laboureur est plus qu’un héros ; c’est un sage :Du sein du Capitole il retourne au village.
Le triomphe à son cœur n’offre point un écueil ;
Des rois qu’il a vaincus il foule aux pieds l’orgueil.Rome eut besoin de lui $ mais Rome est secourue ,Serranus est content : il reprend sa charrue,
Rentre dans sa chaumière , abdique sans regretCes grandeurs , où l’on trouve un si funeste attrait,Et préfère , en un mot , dans une paix profonde ,L’empire de sa ferme , à l’empire du monde.
Evoquerai-je encor ce fameux Curius (1),
Trois fois Consul de Rome et vainqueur de Pyrrhus ?Quand les Ambassadeurs du superbe SamniteAllèrent dans son champ lui rendre leur visite,
A quoi trouvèrent-ils le grand homme occupé ?
Il préparoit lui-même un modeste soupé,
Produit de ses jardins, fruit de son industrie (2).Quand à Rome il rentra vengeur de sa patrie ,
Sur quel char , du triomphe obtint - il les honneurs ?Sur un soc, décoré de lauriers et de fleurs.
O qu’ils furent jadis heureux et respectablesCes grands cultivateurs , peut - être inimitables ,
Qui, fuyant les procès , les palais et les cours,
Libres , sans embarras , couloient en paix leurs joursAu milieu de leurs champs , dans un réduit modeste 5Soigneux de leur charrue , oubliant tout le reste jAyant pour leur palais un rustique pourpris 5Pour lit, des gazons verts ; le chaume , pour lambris ;
(1) M. Annius Curius , surnommé Dentatus , parce qu’il vint au monde avec ses dents.
(2) Il faisoit cuire des raves dans un pot de terre.