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ÉLOGE
Tu ne songeois qu’aux lieux qui t’ont donné le jour :Tu vis le inonde entier, pour orner ton séjour.
L e vallon de Tempé , fameux en Tliessalie ,
Tivoli , dont le site enchante l’Italie ,
Ne sont pas au-dessus de ces lieux si charmans,
Qui te doivent encor de nouveaux agrémens.
L’heureux Pradel domine un beau vallon champêtre;Mais ses fruits sont entés de la main de son maître ;Mais ce pré verdoyant (dont son nom fut tiré)D’arbres majestueux par toi fut entouré ;
Mais ces prés, ces vergers, ces jardins et ces plantes,Auroient craint du lion les ardeurs violentes,
Si ton art à leur soif n’eût prodigué les eauxD’une source épanchée en mille frais ruisseaux,
Et qui, du haut d’un mont, avec un doux murmure ,De cascade en cascade, en onde claire et pure ,Tombe, coule, serpente, et suit tous les cheminsQue, jusqu’en tes sillons, lui creusèrent tes mains.
Ce chef-d’œuvre a sur-tout fait briller ta prudence.Maintenir la fraîcheur, c’est créer l’abondance.L’agriculteur n’a pas de plus puissant moyen :L’arrosement fait tout; sans eau, l’art ne peut rien.Ce trésor te manquoit : la Naïade lointaineVit changer, par tes soins, le cours de sa fontaine.Son tribut, au Pradel si long-temps inconnu ,
Du domaine embelli doubla le revenu.
Tes champs désaltérés en tout temps prospérèrent ;
Tes bâtimens surpris d’un vivier s’entourèrent ;
Et, dans sa fuite encor, servant tes intérêts,
L’eau fit tourner pour toi les meules de Cérès (1).
(1) Ici l’on a tâché de peindre ce qu’OriviER de Serres s’applaudit d’avoir fait pourimiter , dans son domaine , l’ingénieuse invention du canal de Craponne « en la conduicte» d’une petite eau perenne : laquelle , dit-il, passant à l’entour de ceste mienne maison, ar-» rousema terre, et finalement se rend à mes moulins. Ayant l’entreprinse au commence-