M
ÉLOGE
S’écrioit à la fin : « J’ai mal usé du temps ;
» J’existai près d’un siècle , et j’ai vécu sept ans (i). »
Heureux, trois fois heureux, docte et sage de Serres,Si du loisir champêtre estimateurs sincères,
De ce beau Languedoc habitans fortunés ,
Nous y vivons , contens de nos destins bornés ,
Savourant les doux fruits qu’une terre fécondeY prodigue à nos vœux, quand ton art la seconde,
Comme aux bords du Galèse, un vieillard autrefoisEgaloit par son cœur les richesses des rois (2) !
Que le marbre moderne, ou la sculpture antique,N’ornent pas de nos toits le trop simple portique ;
Que nous ne logions pas sous des lambris dorés,
Qu’importe ? D’un ciel pur nous sommes éclairés jNous ne connoissons pas le tourment de l’envie ,
Qui des grands de ce monde empoisonne la vie 5Nous ne redoutons pas le démon de l’ennui ,
Que le riche veut fuir et qu’il porte avec lui 5Nous ne descendons pas dans les basses intriguesQui des valets de cour font prévaloir les brigues.
A la table frugale où nous sommes assis ,
Le luxe est étranger, comme les noirs soucis.
Mais aux banquets des rois , ce qui frappe ma vue ,
C’est l’épée, en tout temps , par un fil suspendue ,
Et qui, parmi les mets sur la table entassés ,
Menace tous les fronts des convives glacés.
Cher ami, ton Pradel est ta cour et ton Louvre ;
Quelle scène riante à tes yeux s’y découvre !
( 1 ) Similis avoit occupé, sous plusieurs empereurs , les premières charges de Rome .A soixante-neuf ans , il abdiqua la dignité de Préfet du Prétoire , pour aller vivre à lacampagne, où il passa sept ans. Il lit mettre sur son tombeau : ci gît Similis , qui
A ÉTÉ SOIXANTE ET SEIZE ANS SUR LA TERRE , ET QUI EN A VÉCU SEPT.
( 2 ) Regurn nquabat opes animis. ( Virg. Georg. R. IV, v. i32. )
Non