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Tome I.
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LVIII
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Iviij

ÉLOGE

Là, tu dors d’un sommeil qu’invitent, à ton choix,Les eaux de tes rochers, les oiseaux de tes bois.Tandis que les échos de leurs concerts résonnent,Parmi tes prés fleuris tes abeilles bourdonnent.

Si leurs essaims nouveaux songent à s’envoler,

En frappant sur l’airain tu sais les rappeler.

D’un État policé leur ruche est le modèle :

Toutes au bien commun travaillent avec zèle.

Les unes, de leur cire enduisent les cloisons ,

Dont les compartimens distinguent leurs maisons $

Les autres vont piller sur le thym, sur la rose ,

Le céleste nectar dont le miel se compose.

Quel bonheur, mon ami! quels doux amusemens !

Qui voit couler sa vie en ces enclxantemensPeut-il songer encor au tumulte des villes,

Aux orages des cours, à leurs grandeurs serviles ?Non, mon cher Olivier! non, l’on ne peut jamais,Ni sur des monceaux d’or, ni parmi les palais,

Ni dans l’éclat des rangs que le luxe accompagne,Racheter les douceurs qu’on trouve à la campagne.

Aussi, tous les états, connoissant leur erreur,Portent envie, hélas ! au pauvre laboureur.L’homme de loi, d’abord, lui rogne sa pitance jL’homme de guerre , après, dévore sa substance ;L’homme de cour, aussi, doit vivre à ses dépens :Tous veulent partager avec l’homme des champs.

Le commerce pressant l’éponge sans mesure,

Le soumet quelquefois à l’hébraïque usure.

Il faut qu’il paye encor, au prix de sa sueur,

Les épices du juge et les cens du seigneur.

La sainte église vient, qui réclame les dîmes ;L’État lève, à son tour, des droits plus légitimes.Pressés de toutes parts, nos chers agriculteurs,

Sont toujours dépouillés, et par leurs protecteurs.