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Tome I.
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LIX
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D OLIVIER DE SERRES . lix

D e ce malheur commun, veux-tu savoir la cause?

Cest la terre , dit-on , qui produit toute chose :

Sans doute ! mais son sein, dont tout est retiré ,

En pénibles sillons doit être déchiré.

On aime à moissonner : fort bien ! mais la natureNe donne les moissons quau prix de la culture.

Il faut les acheter par des travaux constans ,

Les semer au hasard , les attendre long-temps.

A combien de fléaux la charrue est en proie !

Que le ciel nous vend cher les dons quil nous octroie !De la terre, tout sort : tout doit y retourner.

Triste nécessité ! mais ton art sait lorner.

Ton art est le premier dont notre premier pèreReçut la loi, dirai-je ou fâcheuse , ou prospère ?

Nul autre art nest plus noble et plus riche et plus doux;Il est de tous les temps, il pkit à tous les goûts.

Le père de famille , au sein de son domaine ,

Goûte les biens permis à la nature humaine ;

Ses momens sont remplis, ses guérets cultivés ,

Dans lamour du travail ses enfans élevés ;

Sous les rapports dépoux , et de père et de maître ,

Il est heureux autant quun mortel le peut être.

Du théâtre des champs tel est le digne acteur.

Toi, dun si grand théâtre immortel constructeur,Durant long-temps encor, puisses-tu, bon de Serres,Nous apprendre à jouir des seuls biens nécessaires !

De la cour estimé, puisses-tu vivre aux champs ;

Comme un autre Nestor voir tes petits enfans jSavoir que lon timite , et jouir, par avance,

Du monument quun jour doit tériger la France !