D e ce malheur commun, veux-tu savoir la cause?
C’est la terre , dit-on , qui produit toute chose :
Sans doute ! mais son sein, dont tout est retiré ,
En pénibles sillons doit être déchiré.
On aime à moissonner : fort bien ! mais la natureNe donne les moissons qu’au prix de la culture.
Il faut les acheter par des travaux constans ,
Les semer au hasard , les attendre long-temps.
A combien de fléaux la charrue est en proie !
Que le ciel nous vend cher les dons qu’il nous octroie !De la terre, tout sort : tout doit y retourner.
Triste nécessité ! mais ton art sait l’orner.
Ton art est le premier dont notre premier pèreReçut la loi, dirai-je ou fâcheuse , ou prospère ?
Nul autre art n’est plus noble et plus riche et plus doux;Il est de tous les temps, il pkit à tous les goûts.
Le père de famille , au sein de son domaine ,
Goûte les biens permis à la nature humaine ;
Ses momens sont remplis, ses guérets cultivés ,
Dans l’amour du travail ses enfans élevés ;
Sous les rapports d’époux , et de père et de maître ,
Il est heureux autant qu’un mortel le peut être.
Du théâtre des champs tel est le digne acteur.
Toi, d’un si grand théâtre immortel constructeur,Durant long-temps encor, puisses-tu, bon de Serres,Nous apprendre à jouir des seuls biens nécessaires !
De la cour estimé, puisses-tu vivre aux champs ;
Comme un autre Nestor voir tes petits enfans jSavoir que l’on t’imite , et jouir, par avance,