lxij
PIÈCES RELATIVES
»
rieurement , et en tire un gros produit. Il rap-porte des grains de toute espèce , du vin , despâturages de bonne qualité , ainsi que de très-bons fruits (1). »
Il est surprenant que le nom d’OcivlER deSerres ne soit guère connu que des agronomes.Nos biographes n’en ont point parlé dans leursdictionnaires, tandis qu’ils ont accordé de longsarticles à de froids auteurs de prose rimée , oude phrases entortillées, vides de sens.
Une nouvelle édition du Théâtre d’Agricul-ture, accompagnée de notes instructives, nousa été annoncée par M. l’abbé Rozier : notresiècle , privé de cet ouvrage précieux et épuisé ,sera mis à même de rendre àOnviER la jus-tice qu’il mérite. On y admirera cette simplicitéet cette philosophie naturelles , qui font lireavec délices les ouvrages de Montaigne et deBernard Palissy , hommes immortels auxquelsOlivier mérite d’être comparé dans sa partie.Ces trois philosophes ont osé mettre à nu laraison et la nature , en déchirant le voile épaisqui les enveloppoit.
Notre siècle sera d’autant plus porté à donnerà la mémoire d’O livier de Serres destémoignages de reconnoissance , que, par uneheureuse révolution, tous les esprits sont disposésà préférer l’utile à ce qui n’est qu’agréable : laphilosophie et les sciences , par leurs progrès ,ramènent la raison, et rendent l’homme à lui-même , en le faisant penser. L’agriculture com-mence à être regardée comme la science princi-pale , et nous la voyons mise en honneur. DesSociétés savantes d’agriculture se multiplient ;elles ne se contentent plus de vaines spécula-tions de cabinet : elles confèrent avec les labou-reurs , et les rendent participans de leurs travauxet de leur gloire. C’étoit - là le vrai moyen dehâter les progrès de l’agriculture. «Les sciencesqui sont de pratique , disoit Fontenelle , sontles moins avancées. Deux ou trois grands géniessuffisent pour pousser bien loin des théories en
(1) Voyez ci-après , N°. VI, dans la Notice du C. La-boissière , et N». VIII, dans une Lettre du C. Faujas,des détails plus circonstanciés, relativement au Pradel.Voyez aussi le passage de M. Arthur Young , rapportéci-devant, pages xxviij et xxix.
peu de temps ; mais la pratique procède avecplus de lenteur, parce qu’elle dépend d’un tropgrand nombre de mains, dont la plupart mêmesont peu habiles (i). »
C’est dans ce sens qu’OnviER de Serres adit de l’agriculture : « Science plus utile quedifficile , pourveu qu’elle soit entendue par sesprincipes , appliquée avec raison, conduicte parexpérience, et pratiquée par diligence. Car c’estla sommaire description de son usage, science,
expérience, diligence .Je leur ad-j ouste
pour compaigne la diligence : afin que nostremesnager ne pense pas devenir riche par dis-cours , et remplir son nid, ayant les bras croisés.Car nous demandons du blé au grenier, non enpeinture. Nul bien sans peine. 33 ( Préface .)
Nous devons beaucoup espérer du goût quise répand pour l’agriculture , dans un momentoù la physique , la chimie et l’histoire naturelleont fait des progrès étonnans. Il n’est point àdouter que, par l’application de ces sciences àl’agriculture , nous ne parvenions à avoir desprincipes solides en agronomie , qu’elles nousapprendront à modifier selon les circonstances.
On a eu tort de dire qu’en agriculture onne peut pas , comme dans tous les arts et lessciences , avoir des principes généraux. « L’a-griculture , a-t-on dit, consistant dans la ma-nière la plus propre à tirer les plus grands pro-duits de la terre , et étant soumise à toutes lesdifférences des terreins et des climats, devientun art particulier pour chaque pays; et, consé-quemment, quelque bonnes que soient les mé-thodes en elles-mêmes , elles ne peuvent lui êtreutiles , dès qu’elles sont générales. 33
Ce raisonnement n’est qu’un sophisme ; si onportoit la même manière de raisonner sur tousles autres arts et sciences, onlessoumettroit auxmêmes conditions. La médecine , par exemplene pourroit admettre de principes généraux ,puisqu’il faudroit des principes particuliers pourchaque pays , selon la différence du climat, desmœurs,etc., et même pour chaque individu, puis-que chacun jouit d’un tempérament particulier.
La nature est par-tout soumise aux mêmeslois; mais elles sont modifiées par une infinité
(1) Histoire de V Académie, 1701, in- 4 °., page 121.