A L’ÉLOGE D’OLIVIER DE SERIES.
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de circonstances : c’est au médecin , c’est à l’a-griculteur à distinguer ces accidens.
Mais, pour cet effet , il est besoin que ceslaboureurs soient rendus plus intelligens par desinstructions à leur portée , ou par les conseilsdes gens vraiment éclairés. « Il faut, disoitPalissy, qu’un chascun mette peine d’entendreson art, et pourquoi il est requis que les labou-reurs ayent quelque philosophie : ou autrementils ne font qu’avorter la terre et meurtrir lesarbres (1). »
« Je vois , disoit encore le même philosophe,de si grands abus et ignorances en tous lesarts , qu’il semble que tout ordre soit la plusgrande part perverti, et qu’un chascun labourela terre sans aucune philosophie , et vont tou-siours le trot accoustumé, en ensuivant la tracede leurs prédécesseurs sans considérer les na-tures ny causes principales de l’agriculture (2).»
La cause principale de l’ignorance et de l’apa-thie des agriculteurs , est le mépris et l’espèced’esclavage dans lequel on a tenu trop long-temps cette classe vraiment utile de citoyens.Mais notre Nation s’éclaire, les préjugés se dis-sipent ; nous voyons luire l’aurore de ce beaujour où , véritablement hommes, nous sauronstout apprécier dans sa juste valeur, où la ri-chesse et la fausse grandeur ne. feront plus lemérite ; où la liberté, la franchise et l’honneurseront nos guides , etc. , etc. (Tout le reste dece discours ne contient plus qu’une analyse desécrits d’OnviER de Serres.)
N°. I I.
Extrait d’un projet de Décret présenté àla Convention nationale , au nom du Co-mité d’Agriculture , en l’an III, par leC. Es Cil A S S E RI AUX. aîné.
Section vi.
Art. I er . La Convention nationale voulantrécompenser le génie dans quelque siècle qu’ilait vécu ,
Décrète que Bernard Palissy et Olivi er de
(1) Œuvres de Palissy . Paris , 1777, in-4 0 ., page 5 i 1.
(2) Ibidem, page 499.
Serres ont bien mérité de leur siècle et de laNation, et que leurs bustes seront placés dansla salle de la Convention (1).
N\ 111.
Lettre du Ministre de l’Intérieur auxMembres composant le Conseil d’Agriculturedu Ministère (2).
L’amélioration de l’agriculture francoise ,Citoyens, peut seule amener la République audegré de puissance et de prospérité dont elle estsusceptible. Le plus puissant de tous les moyensd’amélioration est , sans contredit, l’exempledes cultivateurs éclairés ; mais l’instructionqui se propage par les livres , n’est pas moinsprécieuse , lorsqu’elle est le résultat d’une pra-tique reconnue , guidée par une saine théorie :elle tend alors à multiplier les essais , et consé-quemment , les exemples , qu’il est si importantd’étendre sur tous les points de la République.Jamais les circonstances ne furent aussi favo-rables , la révolution ayant ramené tous les es-prits et dirigé tous les efforts de l’industrie versl’agriculture.
Nous avons, il est vrai , quelques bonsouvrages de ce genre , quoiqu’en très - petitnombre. Celui qui jouit de l’estime la plus mé-ritée , et qu’on peut regarder comme le modèlede tous ceux qui ont existé depuis , est leThéâtre d’Agriculture d’ÜLiviER de Serres,composé vers la fin du seizième siècle et publiéau commencement du dix - septième : aussia-t-il eu des éditions multipliées; mais il estdevenu bien rare aujourd’hui, et il me semblequ’il seroit digne de vous, Citoyens, d’en pu-
(1) Ce projet de décret, et le rapport qui le précède,contenoient, en 47pages, les vues et les moyens lesplus propres à faire fleurir l’agriculture en France.L’ouvrage fait beaucoup d’honneur au Comité d’Agri-culture et au zèle éclairé du C. Eschasseriaux ; mais ,malheureusement, cet excellent projet n’a pas mêmeété discuté. (Fi D. E.)
(2) Les CC. Cels , Dubois , Gilbert , Huzard ,Parmentier, Rougier - la-Bergerie , Tessier etVilmorin.