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PIÈCES RELATIVES
fenses. On alloit ordonner la sappe, lorsqu’auquatrième jour le château se rendit, et fut, peude temps après , démoli jusqu’aux fondemens.
« Les arbres et les vergers furent coupés , ditl’historien , avec moins de dépenses et de la-beurs que l’auteur du Théâtre d’Agriculturen’en avoit mis pour les élever.»
S’il faut en croire les versificateurs qui ont cé-lébré , à la tête de cet ouvrage , la belle ordon-nance de cette maison de campagne , le Pradelétoit un endroit délicieux ; ses fontaines étoientaussi pures et aussi belles que celles de Fontaine bleau : des vergers plantés en quinconces , desvignes bien alignées , des jardins fertiles , desparterres émaillés de fleurs , des labyrinthes en-fin réjouissoient le bon vieillard revenant de lacour d’Henri IV , dans le sein de sa famille.
Lorsqu’on médite les préceptes de cet écrivain-pratique , et qu’on considère sa longévité , cesdescriptions ne paraissent pas trop exagérées, etelles ne doivent éprouver d’autre déchet que ce-lui de la poésie sur la prose.
Il ne reste de ses labeurs que le canal de lapetite eau perenne , qu’il conduisit de la mon-tagne du Coiron autour de sa maison (1), dont ilarrosoit ses jardins, et dont le superflu se rendoitdans les canaux de ses moulins , qui existent.
Deux vers latins , gravés sur la porte d’unechambre , échappés à la fureur des démolitions ,sontleseul témoignage local du séjourd’OnviERde Serres dans la terre natale qu’il cultiva ,qu’il embellit, qu’il immortalisa : je les recueilleavec la vénération que l’on doit à sa mémoire.
Rus , domus, unda fluens , viridaria, vinea, sylva ,Pradelli dominum , pascua , nua juvant (2).
Il mourut le 2 Juillet 1619.
Olivier d e S e r res eut un frère puîné,bien plus connu que lui dans les fastes de l’his-toire et de la littérature. Ce fut Jean de Serres ,ministre à Orange, auteur de l ’Inventaire del’Histoire de France , des Mémoires sur latroisième Guerre civile, du Recueil des chosesmémorables , appelé le Recueil des cinq rois ;de la Vie de Coligni , et des Commentaires deStatu reipublicce et religiotiis. Il fut encore
(1) Théâtre d’Agriculture , Lieu VII , chapitre I.
(2) Voyez la traduction de ces vers , page lvij.
l’annotateur et l’éditeur du beau Platon , connusous le nom de Serranus, imprimé en i 5 j 8 , parHenri Etienne , et dont les exemplaires sont rares.Historiographe du roi et courtisan d’Henri IV ,il fut un des quatre ministres qu’il consulta quandil embrassa la religion catholique. Jean deSerresappaisa ses scrupules, et proposa, dans la suite,un plan de réunion des deux religions, trop long-temps divisées. Du Perron assure qu’il lui a vufaire l’abjuration (1) ; et Cayet attribue sa mortau poison qui l’en punit (2). Il mourut enMai 1598 , et fut enterré le même jour que safemme ( 3 ).
Les éditeurs de la Généalogie d’OniviER deSerres , imprimée au deuxième volume desPièces fugitives de Daubaïs, se trompent en luidonnant pour fils Jean deSerres. Le pèreLeLong,dans la Bibliothèque historique delà France ( 4 ) ,dit que Jean étoit le frère d’ Olivi er, et cetteassertion prend une entière certitude dans lesvers qu’un auteur contemporain, Denis le Bay-deBatilli, lieutenant de la justice à Metz , amisà la tète du Théâtre d’Agriculture.
Pendant que ton puîné, sur le premier modèleDes choses du passé où son vol leportoit,
De l’état des François l’histoire retraçait, etc.
Jean de Serres est célébré dans tous les dic-tionnaires et dans toutes les biographies; Oliviery est entièrement oublié. Il faut que le hasardoffre au lecteur quelques passages disséminésdans divers ouvrages , pour en composer quel-ques traits de la vie d’un homme bien au-dessusde son siècle, et qui a fixé la fortune des sièclesà venir. Étrange prévention , toujours condam-née et toujours renaissante , qui accorde tout àla célébrité, de quelque manière qu’elle vienne,et si peu de chose à l’utilité, son seul et véri-table principe! S’il eût dévasté son pays par desconquêtes, dit l’abbé Rozier, son nom seroitconsigné dans nos annales ; il a fait le bien , eton n’en parle plus ( 5 ).