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Espérons , plus que jamais , que la France n’abandonnera plus les soins de la reconnois-sance nationale aux Anglois, qui ont naturaliséOlivier deSerres parmi eux, et qu’unmonument érigé dans sa patrie le rendra à lavénération de ses concitoyens , riches de sesbienfaits , sans en connoître le dispensateur.
N\ V 11.
Ec lairci ssem en s sur plusieurs passages dela Notice précédente , par le C. François(de Neuecnateau).
i°. Sur la surprise de la -ville de Villeneuve- de-Berg .
Je ne connoissois pas cette Notice intéressante,lorsque j’ai composé l’Eloge d’OnviER deS er res. Je le regrette d’autant plus , qu’ellem’eût épargné des recherches pénibles et une lon-gue incertitude. Privé de ces renseignemens, j’ailieu de m’applaudir, du moins , de m’être sou-vent rencontré avec l’auteur de la Notice. Il n’ya qu’un seul point, dans lequel je diffère de sonopinion. L’objet m’en paroît important. Voicimes conjectures , que je soumets très-volontiersau jugement de ceux qui pourront les mieuxéclaircir.
Je n’ai pu discuter les autorités sur lesquellesl’auteur de la Notice s’appuie pour penser quele capitaine Pradel, auteur, ou plutôt conseillerde la surprise faite à Villeneuve-de-Berg , eni5y3 , n’est autre qu’On vie r de Serre s.J’ai révoqué la chose en doute , d’après le textede l’Histoire du président de Thou, qui a puiséle fait, non pas dans les Mémoires de l’état dela France , qui ont paru à Middelbourg , entrois volumes seulement, mais dans les savansCommentaires , composés en fort beau latin parle ministre Jean de Serres , et publiés en cinqvolumesin- 8 °. , de i5yo à i5y5 ( 1 ).
(i) Le C. Barbier, bibliothécaire du Conseild’État,m'a indiqué ce bon ouvrage (N®. 7771 du Catalogue decette bibliothèque choisie, dont j’ai été le fondateur).Il manque, à cet article de la bibliothèque, le cin-quième volume de l’ouvrage de Jean de Serres . Ce cin-
Ni Jean de Serres , qui pourtant devoit bienconnoître son frère , ni de Thou , ni Perntlismême , ne donnent à penser que le capitainePradel soit Olivier de S e r r e s ; mais leC. La Boissière assure positivement que d’Au-bigné déclare, dans son Histoire Universelle,que ce Pradelè toit l’auteur du Théâtre d’Agri-culture. Rien ne sembleroit plus précis , et iln’y auroit rien à répondre à ce témoignage d’unécrivain contemporain.
Mais le C. La Boissière ne cite pas la page del’ Histoire de d’Aubignè ,comme il cite d’ailleursassez exactement les tomes et les pages des autresauteurs qui ont servi à former sa Notice : j’enconclus, qu’au moment où il attribuoit cette as-sertion si précise à Théodore d’Aubigné , dansson Histoire Universelle , il n’a voit pas lu cettehistoire , ou ne l’avoit pas sous les yeux. Et eneffet, il n’y a rien qui ressemble, le moins dumonde , à ce qu’on lui fait dire. Il a parlé deJean de Serres , et il n’a rien dit d’O liviee.
On sait que le grand-père de madame deMaintenon étoit un ardent calviniste ; il en vou-loit à Jean de Serres , parce que ce ministre futle quatrième de ceux qui avouèrent à Henri IV que l’église romaine étoit une église sans queue,et qu’on pouvait bien faire en elle son salut.D’Aubigné insinue que Jean de Serres ne parlaainsi, que parce qu’il avoit dix mille écus à solli-citer. (Livre XXXIX , page 290 .)
Si d’Aubigné avoit pu dire que le capitainePradel étoit le même que l’auteur du T'hédtred’Agriculture , c’eût été lorsqu’il parle de la sur-prise de la ville de Villeneuve-de-Berg ; or, encet endroit même, il garde là-dessus le plus pro-fond silence. La manière dont il raconte ce traitparticulier de nos guerres civiles , prouveroitaussi qu’ÛLiviER, s’il étoit vrai que ce fût luiqui eût été connu alors sous le nom d ePradelles,auroit bien concouru à faire surprendre la ville,par son activité et un stratagème nocturne, maissans être coupable des massacres qui s’ensuivi-rent , et sans que sa mémoire dût en être tachée.