SUR L’ AGRICULTURE.
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qu’autrefois les récoltes étoient plus abondantes dans l’Italie et la Sicile , la preuven’est pas concluante. La Cbaldée et l’Égypte sont assurément moins éclairéesqu’autrefois, s’ensuit-il que les sciences soient arriérées ou stationnaires ?
Les arts d’agrément, qui, dans l’attrait des hommes pour le plaisir, trouveronttoujours des encouragemens , ont par-tout recueilli les faveurs , tandis que lamodeste agriculture obtint à peine quelques regards protecteurs. Avec la sommeque coûte annuellement l’Opéra de Paris à la Nation , qui n’en jouit pas , ondonneroit l’impulsion à tout ce que le génie inventeur peut tenter en agronomie.Osez-vous demander à la terre de plus riches moissons , lorsqu’une ariette ouune contredanse sont bien autrement payées qu’une découverte utile?
Les causes qu’on a indiquées, et celles qui vont l’être, expliquent pourquoi lesprogrès de l’agriculture ont été si tardifs.
La chimie, qui promet beaucoup, et qui tiendra parole, n’avoit pas encoresoumis à l’analyse les principes reproductifs des engrais naturels et artificiels.Grew , Haies, Malpighi , et leurs successeurs, n’avoient pas encore établi lesfondemens de la physique végétale. La méchanique, qui associe les forces de lanature à celles de l’homme , étoit loin encore de la perfection vers laquelle ellemarche. La météorologie, née seulement dans le siècle dernier , n avoit pasencore ses Kirwan, ses Cotte, ses Toaldo; quoique celui-ci se soit déclaréle défenseur des influences lunaires sur la végétation , assurément il n’eût
F as souffert que l’astrologie , comme au temps de nos pères , gouvernâtéconomie rurale.
Si la méditation, l’expérience, ou d’heureux hasards, éclairoient la pratiquedu cultivateur , rarement cette découverte franchissoit les limites du canton oùelle avoit pris naissance , soit que l’égoïsme en fit un mystère, soit que l’hommeaime à se traîner dans l’ornière de la routine, soit enfin que le défaut de commu-nications entre les peuples empêchât la circulation des découvertes. Qui pourroiten être surpris, quand on considère que , malgré les efforts des Sociétés agrono-miques , les secours de l’imprimerie , et le zèle de cette foule de voyageurs quivisitent les diverses contrées du globe pour y pomper ce qu’il y a d’utile, il estbeaucoup de procédés susceptibles d’être adaptés à notre sol, qui , enfouis dansles livres, servent seulement à augmenter le patrimoine des érudits , sansaccroître nos jouissances? Tels sont les détails-pratiques de l’agriculture Chinoise,consignés dans les Mémoires des Missionnaires ; plus encore de l’agriculturede ces Japonois, qui, nous dit-on , n’ont pas laissé un coin de terre inculte, etdans les champs desquels on ne trouve pas une seule herbe parasite. Leur fléau àtrois battans, leur sakki qu’on vend dans toutes les auberges, comme le vin enEurope , la belle espèce d’orge à épis pourprés, l’emploi de diverses plantescomme substances alimentaires, tout cela est décrit par les voyageurs, qui s’exta-sient spécialement sur l’art des Japonois dans la préparation des engrais ; c’estle langage de Kœmpfer (i) et de Thunberg (2). Titzing, qui a demeuré cinqans dans ce pays, ajoutera à leur récit, dans l’ouvrage curieux qu’il va publier.Hirzel expose les moyens par lesquels Klyiogg multiplioit ses engrais, en se