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ESSAI HISTORIQUE
de ceux qui avoient bien mérité de leurs concitoyens , en faisant construire telcanal qui arrose les propriétés des habitans (1).
Ici s’intercalle naturellement la mention des marais Pontins , dont on avoitentrepris le dessèchement, l’an 55o de Rome ; car, alors , les eaux avoientdéjà envahi ce terrein, où l’on avoit compté vingt-trois villes (2). M. Nicolaï,auteur d’un ouvrage très-savant sur cet objet, observe que les papes, occupésà calmer les troubles politiques , ne purent travailler au dessèchement jusqu’àLéon X , qui commença 1 ouvrage ; après lui, Sixte - Quint fit de nouvellestentatives en i586. Après avoir recueilli les conseils d’hommes éclairés , il en-trevoyoit avec joie, dans le lointain, ses efforts couronnés du succès j espérancevaine ! Aucun pape n’a plus dépensé que Pie VI , pour cette vaste entreprise ,qui n’est encore exécutée qu’en partie (3). Ce que n’a pu Rome moderne,eût été fait par la Hollande. Il en est temps encore : appelez à votre aideune compagnie de ces robustes Flamands qui ont desséché des moores versDunkerque , et du temps de Sully les marais de cette partie du Poitou à laquelleon donne encore le nom de Petite Flandre; ou confiez l’entreprise à ces estimablesBataves qui ont perfectionné l’hydraulique , posé des barrières aux flots irrités,desséché la mer de Deemen, dont le sol, plus bas que les eaux de l’Océan, est cou-vert de jardins, de maisons de campagne , et qui n’ont pas encore abandonnéle projet de dessécher la mer de Harlem .
Sous le gouvernement Romain, l'agriculture de l’Espagne fit quelques pro-grès , grâces à l’esprit d’observation qui s’introduisit. Ces progrès eussent étéplus signalés, si l’Espagne n’eût été cultivée par des mains esclaves, et en proieà ce système des grandes fermes , l’objet de tant de discussions dans ces dernierstemps, contre lequel se sont élevés avec force Mann (4), Beunie (5), Chal-mers (6) , Banque ri (7), etc. ; système dont la chute est inévitable dans toutpays où la population recevra de grands accroissemens.
L’Espagne s’honore d’avoir donné le jour à Columelle . Isidore de Séville ,quelques siècles après , se plaça au rang des pères de l’église et des écrivainsagronomiques (8). On conçoit que l’invasion des Goths , puis celle des Sarrasins,durent momentanément nuire à la culture. Ceux-ci réparèrent ensuite le mal pardes découvertes dans l’astronomie, la médecine, l’agriculture , qui leur assurentun rang entre les nations savantes.
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(1) Je dois les faits concernant le Piémont,à deux citoyens estimables, Galli, conseillerd’Etat, et Paroletti, membre de l’Académiedes sciences et de la Société d’agriculture deTurin.
(2) Plinii Hist. Nat. lib. III. —Arcere ,De l’état de l’Agriculture chez les Po-nt atns. Paris , 1 777, in-8“. , page 29.
( 3 ) De’ Bonijicamenti delle terre Pontine.Poma, 1800, in-fol.,lib. II, cap. VI.
( 4 ) Voyez ses Mémoires , dans ceux del’Académie de Bruxelles, tome IV.
( 5 ) Essaichymique des terres. Ibid, tome II.(6 )An estimate ofthe comparative strengtk
of Great Britain, in-8°.
(7) Traducteur, en espagnol , d’Ebn-el-Awarn , dont on va parler.
(8) Voyez ses Origines, sur-tout le livreXVII, de Rebus Rusticis, et le XX e ., concer-nant les instrumens aratoires et domestiques.