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ESSAI HISTORIQUE
est presque universel : Herrera s’en plaint amèrement, ainsi <jue Lopez deDeçà (1) et Arrieta. Ce dernier assure que c’est une calamité d avoir quitté leboeuf pour semer , labourer, cliarroyer, battre le blé, et de lui avoir substituéle mulet, dont il dit beaucoup de mal (2).
La même question, reproduite plusieurs fois, a toujours été jugée de même ,entr’autres par l’auteur du Laboureur Biscayen (3). En 1787, Castellnoupublia sur ce sujet, un ouvrage , dans lequel, après avoir exposé les raisons etdiscuté les objections , il conclut en faveur du bœuf, par le moyen duquel onobtient, dit-il, un sillon plus profond (4)- En 1790, un autre écrivain,Maurueza Barreda , attaqua de nouveau l’emploi des mulets (3). Ces écritsmultipliés sont une nouvelle preuve de la ténacité du peuple dans des usagesinvétérés, contre lesquels la raison réclame.
M. Asso nous apprend divers faits relatifs à l’agriculture de l’Aragon; parexemple , l’artichaut ne fut introduit dans ce royaume , que vers la fin duseizième siècle. On peut s’étonner de ce retard , s’il est vrai que les autresprovinces le connoissoient bien antérieurement, comme paroît le prouver sonnom arabe, dans la langue espagnole, alcachofa. Le choufleur et le brocoline furent connus, en Aragon , que long-temps après (6) 5 mais les vers à soiel’étoient vers le milieu du seizième siècle (7). On voit, par l’ouvrage de Casiri ,que , depuis long-temps, Grenade en élevoit beaucoup (8).
Autrefois les francolins et les faisans étoient communs en Aragon, où actuel-lement leur race est éteinte (9). Quoiqu’on n’assigne pas l’époque précise àlaquelle l’olivier y fut cultivé, on sait que , vers 1640? on en distinguoit déjàdeux variétés, la royale, et celle qui est appelée empeltres (10), espèce de petitolivier, dont les branches sont très-multiphées.
Quant aux vignes, celles de Jaca furent renommées depuis le douzième siècle,jusqu’à la fin du dix-septième. M. Asso attribue leur dégénération à ce que leclimat est devenu plus froid (11). En 1616, elles étoient si abondantes versSarragosse, qu’il fut défendu d’en planter davantage (12).
Le bénédictin Feyjoo disoit qu’en Galicie , en Asturie , et dans les montagnesde Léon, les laboureurs étoient la classe la plus affamée, la plus malheureuse Q 3);car il est à remarquer que souvent ceux à qui le riche doit les primeurs , les fruitsexquis , le pain blanc , manquent du nécessaire ) c’est toujours la sentence deVirgile vérifiée: Sic vos non vobis , etc. Pour remédier à ce mal, Feyjoo
(1) Goviemopolitico, etc. , fol. 35 .
(2) El Despertador, etc.
( 3 ) El Labrador Vascongado, por Ant. deSan Martin y Burgoa. Madrid , 1797 ,in-8° , page 9b.
( 4 ) Memoria sobre la Preferencia que porsu calidad se debedar alBuei respecto delàMulapara la Labranza,etc. Madrid , 1787,in-8°.
( 5 ) Adicion al tratado intitulado : Des-pertador, etc. Madrid , 1790, in-8°.
(6) Historia de la Economia politica deAragon. Zarragossa, 1798, in-4 0 ., page 122et suivantes.
(7) Ibid., pag. 174.
(8) Casiri, pag. 248.
(9) Historia delà Economia , etc-, page 96.
(10) Ibid., pag. 11 9.
(11) Ibid. , pag. 54-
(12) Ibid., pag. 115.
(13) Theatro critico, etc., tome VIII, dis-cours XII, page 439.