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Tome I.
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ESSAI HISTORIQUE

contre les foibles, qui ramène de droit ceux-ci à la défense naturelle , quand laloi est impuissante ou torsionnaire.

En 1490 , un édit promulgué à Cordoue avoit permis de clorre les terres.Sans doute on avoit déjà entrevu ce qu’a dit Pattullo, long-temps après : Unchamp clos vaut le double d'un autre. Les propriétaires de grands troupeauxjetèrent de hauts cris , et l’exécution de la loi paroît avoir été bornée au terri-toire de Grenade.

Les bergers acquirent une telle prépondérance , qu’en 1499 la reine de Por-tugal leur envoya, dit Alstrom (1), des ambassadeurs , pour leur proposer lacession des pâturages sur ses terres, moyennant une redevance. La tyranniede cette corporation , qui, depuis des siècles , pèse sur l’Espagne , s’est accruespécialement depuis le seizième. Il y a une quarantaine d années que le Gou-vernement voulut remédier au mal. Carnpomanes , mort il y a deux ans , futchargé de recueillir les plaintes qui éclatoient de toutes parts j et quelle fut l’issuede cette affaire ? Le bon sens et la nature avoient prononcé ; mais la justice futcontrainte de se taire devant la puissance. Les actes de cette discussion sontconsignés dans sa Concordia de la Al es ta, ouvrage qui attestera à jamais lepatriotisme de l’auteur et les vexations exercées par une minorité puissante quiopprime la nation (2). Carnpomanes y démontre que la transhumation est uneerreur d’économie politique ; que les lois de la Afesta étant funestes à laculture , le sont à la population ; et que ces lois étant contraires au droit naturel,puisqu’elles privent le peuple de ses propriétés , de ses pâturages et de sa liberté,par-là même elles sont frappées de nullité.

Ces vérités ont été reproduites avec force, par le célèbre Jovellanos , dans unouvrage où, avec autant de modestie que de talent, il développe les obstaclesqui s’opposent aux progrès de l’agriculture dans son pays (3). Il observe que lessciences exactes ont perfectionné leurs instrumens, tandis que l’agriculture nepeut se glorifier d’un pareil avantage. On conçoit que les majorats, les substi-tutions, la facilité d’amortir les terres, de les mettre entre les mains desïnoines, ne pouvoient échapper à la censure. Devoit-on lui en faire un crime?Son avis est celui de tous les hommes instruits qui ont traité cette matière $ telsque Vincent Perez (4) > Quintero (5), etc. : c’étoit l’avis des assembléesnationales du seizième siècle ; plusieurs fois elles avoient renouvelé les dispo-sitions des Cortès antérieurs et des rois qui, depuis long-temps, avoient tâchéde fortifier la politique contre la prodigalité d’une dévotion mal entendue.

De i558 à x699 , diverses lois avoient fixé en Espagne le prix des grains jces lois eussent été inutiles, si l’on eût affranchi ou aggrandi la navigation

(1) Essai historique, etc. , page 26 etsuivantes.

(2) Memorial ajustado del expediente deConcordia que trata el honrado Concejo dela Mes ta, con la diputacion general delreyno y provincia de Extremadura , etc.Madrid , 1783,2 vol. in-fol.

(3) Informe de la Sociedad Economica de

esta Corte , al real y supremo Consejo deCastilla en el expediente de ley agraria.Madrid , 1794 j in-4°.

(4) Discursos politicos sobre los Estragosque causan los censos, etc. Madrid , 1766 ,in-12. Voyez sur-tout page 262 et suivantes.

(5) Pensiamentos, etc., page i 32 et sui-vantes.