CIV
ESSAI HISTORIQUE
On crut remédier à la cherté , en faisant des maximum ; on voulut quepersonne n’achetât des denrées de première nécessité pour les revendre. Desrèglemens insensés en enfantèrent d’autres, qui l’étoient encore davantage ; lecommerce intérieur fut anéanti, et l’agriculture en soulîrit horriblement. Toutecette période fourmille de lois de cette nature. Citons-en deux, assez étranges ,de la minorité du roi Sébastien. Par la première , il est défendu d’acheter plusde blé ou de pain, que ce qui est prouvé être nécessaire à la consommation dela famille ; l’autre loi, très-solemnelle, que le même roi fit insérer dans la col-lection rédigée d’après ses ordres, par le juge Duarte Nunez de Leaôj porteque tout homme qui a acheté du blé, de l’huile, etc., pour les revendre, seracondamné à une amende double du prix, et à deux années de déportation à lacôte d’Afrique . Peu-à-peu le roi se vit obligé à permettre que l’on pût acheter cesobjets pour les revendre dans le territoire d’une autre municipalité, mais del’aveu des deux municipalités, et en les revendant sous trente jours, avec unprofit dont la loi établit le maximum.
3°. Les lois rigoureuses sur les chasses royales sont de cette période. Le roiSébastien établit les juges privatifs des chasses; et, ce qui est singulier, l’auto-rité du grand-veneur a été fixée, mais non limitée, par Philippe III , qui nerésidoit pas en Portugal . C’étoit vraisemblablement un moyen de s’attacherquelques familles nobles qui jouissoient deces chasses pendant l’absence du prince.
4°. Quand les Portugais possédoient leurs provinces de la Mauritanie , ilsétoient riches en beaux chevaux. La perte de ces provinces, et la défense tou-jours subsistante, en Espagne , d’exporter des chevaux, fit faire des lois quiobligent tout agriculteur, et plusieurs réunis, s’ils ne sont pas riches, à entretenirune jument pour les étalons du roi, et à élever des poulains, qui, ayant lesqualités requises, sont achetés par le roi à un prix trop peu considérable pourles dédommager. La noblesse et le clergé , c’est-à-dire les plus riohê§ proprié-taires trouvèrent peu-à-peu le moyen de jeter leur quote-part sur le tiers-état.L’oppression étoit insupportable. Le roi Joseph y a porté quelque remède , endéclarant que cette obligation est territoriale, non personnelle; par conséquent,quel que soit le possesseur, le fardeau est également réparti sur la valeur detoutes les terres du royaume.
La période que nous venons de parcourir ne présente qu’une foule de règle-mens dont on peut oublier les dispositions, mais dont on a une juste idée , ense rappelant qu’ils étoient absurdes et que les cultivateurs étoient opprimés (x).
Cependant, il ne faut pas croire qu’il n’y ait eu que des abus dans les anciensrèglemens des peuples qui paroissent les plus mal gouvernés : il y avoit enPortugal la loi de la Sacca ; c’étoit une espèce de droit de commutation ,excellent statut de commerce , qui obligeoit les étrangers , lorsqu’ils vouloientporter des marchandises à Lisbonne , à en enlever la valeur , par estimation, endenrées du cru du pays , ou marchandises portugaises. Pour remplir la condition
(i ) Je dois, en partie,l’article qui concernele Portugal , au savant Correa , ancien se-crétaire de l’Académie de Lisbonne . C’est
l’homme qui a le plus approfondi l’histoire deson pays , dont il a publié une foule de mo-numens. Sa complaisance égale ses talens.