SUR L’ AGRICULTURE.
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L’amour de la patrie est un sentiment si louable, qu’on peut lui pardonnerquelques exagérations : ainsi, Staravolscius , écrivain Polonois , prétend quela Pologne a tout, excepté la soie , les aromates et le vin : elle tire ce dernier ar-ticle de la Hongrie . Il y avers Sandomir quelques vignes dont parle Sarniky (1).Dans la petite Pologne , on trouve aussi des raisins [assez bons ; mais Cromer avoue qu’on n’en tiroit qu’un vin de mauvaise qualité (2).
Depuis plusieurs siècles, la Pologne et les pays qui en dépendoient, produisentabondamment du miel, du chanvre, du blé, du lin, des fruits et des arbres d’unegrosseur prodigieuse ; de riches troupeaux y couvrent de gras pâturages , aumilieu desquels on aperçoit à peine, dit Rzaczynski , les cornes des boeufs (3).On peut renvoyer aux ouvrages de cet écrivain pour connoître les productionsde cette Ukraine où le cardinal Commendon trouva , au seizième siècle , desJuifs cultivant la terre et dont le travail n’étoit pas avili par l’usure (4) J de cetteLithuanie si fertile , qu’on croiroit, dit le même Rzaczynski que Gérés y estnée ; de cette Pologne , qu’il appelle l’Egypte de l’Europe . Le terrein y est sigras que souvent on brûle les pailles pour s’en débarrasser. Veut-on cultiverun sol couvert de halliers ou de genêts f On y répand de la paille en abondance ,puis on y met le feu.
Dans les temps de disette , l’Europe tourne ses regards vers la Pologne , oùl’abondance est permanente, et qui a la facilité des transports par la voie deDantzick , Koenigsberg , Memel et Riga : de-là s’expédient des bâtimens chargésde blé, pour les contrées qui en manquent. En 1392, on compta à Dantzick trois cent navires de France et d’Angleterre, et tous eurent cargaison complète.En i565 , les greniers de cette ville étant remplis , on déposa l’excédent dansles maisons des citoyens. Tantôt ( en i4i5 ) l’empereur et le patriarche de Cons-tantinople réclament les secours de la Pologne ; tantôt (en i5po ) elle nourritGênes , Rome et la Toscane . L’histoire nous apprend qu’en 1626 l’ambassadeurd’Espagne voulut acheter, de la part de son Gouvernement, tous les blés dupays. Â cette contrée favorisée du ciel, habitée par des hommes braves , etsur laquelle à jamais planera le génie du vertueux Kosciusko , il ne manquoitque la liberté. On lui a arraché même l’existence politique, et l’on a tentéd’effacer ses enfans de la liste des Nations.
D’immenses forêts couvroient l’Helvétie et la Germanie j l’accroissement dela population y multiplia les défrichemens, et les hommes demandèrent à la
(1) Descriptio Poloniœ -veteris et novœ.Lipsiæ , 1712, in-fol.
(2) Poloniœ , sive de Situ, Populis, Mo-rdus , Magistratibus et Republicâ regni Po-loniœ. Coloniœ, i 5 y 8 ,in-4°., lib.I, pag. 21.
( 3 ) Historia Naturalis curiosa regni
Poloniœ , etc. Sandomiriœ, 1721 , in-4°.— Auctuarium Historiœ Naturalis regniPoloniœ. Gedani, ij 36 , in-4°.
(4) De Vitâ Joannis Commendoni ,libri IV, editi curante Rogesio Kakia {Gra-tion i ). Parisiis, 1667 , in- 4 0 .