cxxviij ESSAI HISTORIQUE
mariage du soleil avec la lune , on en déduisoit l’influence de celle-ci surtous les élémens , même sur les pierres de taille, le moëllon , les vents du midiet leurs lieutenans , ce sont les expressions de ce Mizauld , le MathieuLansberg de son temps , qui semble n’avoir écrit que sous l’inspiration dudélire (1). Puisque, à la honte des autorités publiques, on voit encore circuler enEurope des almanachs de Bâle , de Liège , des livres sur les chances de loterie,le tirage des cartes , etc. ; puisque les Gouvernemens punissent les erreurs etles crimes qu’ils ont créés ou tolérés , faut-il être surpris que le peuple soitencore superstitieux à tel point, que toutes les folies renaissent ou sont prèsde renaître ? Pourroit - il n’être pas froissé entre l’impiété et le fanatisme,lorsque , par un calcul sacrilège et profondément pervers, on dénature la reli-gion , en lui associant tout ce qui peut la rendre odieuse ou ridicule 5 lorsque deshypocrites, qui autrefois calomnioient le christianisme en lui imputant desforfaits qu’il abhorre, d’incrédules devenus cagots , calomnient la philosophie,sous prétexte d’abus qu’elle réprouve ? Et c’est sous de tels auspices qu’est néle dix-neuvième siècle !
Les phénomènes de la nature proclament l’existence et la puissance duCréateur ; mais l’ignorance veut trouver dans tout ce qui l’étonne des prodigesou des sortilèges. Par suite de cette crédulité , le peuple donne pour auteurs àla plupart des antiques monumens, César, Charlemagne, les Templiers , lesfées ou le diable. Et ne dites pas que ces inepties , ou d’autres semblables, ontmoins de cours dans les pays protestans : la Suède , l’Allemagne , l’Islande ,l’Angleterre, pourroient étaler une longue série de contes aussi niais. Pour cedernier pays il suffira de renvoyer au Glossaire de Grose (2) et à l’ouvrageintéressant que vient de publier Ferry ( 3 ).
On trouve cependant des renseignemens utiles dans divers écrits publiéspar ce Mizauld ( 4 ), et plusieurs fois nous aurons occasion de le citer , ainsique d’autres auteurs qui, en petit nombre à la vérité, traitèrent incidemment,ou exprojesso, des objets d’économie rurale .
Jehan de Brie, ainsi appelé parce qu’il étoit de Coulommiers en Brie,écrivoit sous Charles V , en 1379 , et si je n’ai pas mentionné son ouvrage avantceux d’ Es tienne , c’est qu’il ne fut publié qu’en i 54 ^ , sous ce titre : Levrai régime du gouvernement des bergers et bergères, par le rustiqueJehan de Brie , le bon berger. Paris , \ 5 ^i , in-12. Ce petit livre, extrême-ment rare, et dont je ne connois d’autre exemplaire que celui de la bibliothèque del’Arsenal, est dégagé d’observances superstitieuses , et assez judicieusementre-digé j il renferme des détails sur le soin des bêtes à laine pour les divers mois del’année , leurs maladies, le parcage , la propreté des bergeries , les moeurs etl’habillement qui conviennent à un berger. Il est intéressant, même pour la