SUR L’ AGRICULTURE.
Au seizième siècle, Liebaut comptait dix-neuf sortes de raisins j OlivierdeSerr.es en trouvoit beaucoup plus (1) : le Grand d’Aussi prétend qu’il y ena trois cent variétés en Europe (2). Quand on lit les ouvrages qui traitent de l’œno-logie , il est difficile, et souvent impossible de se faire des notions justes sur cesvariétés. La disparité des langues et celle des dénominations usitées, même dansdes cantons voisins, forment un cahos où s’éclipse la lumière, où se perd la pa-tience. Qui pourroit assigner les diverses sortes de raisins auxquelles correspon-dent celles qui sont indiquées dans Porta ( 3 ) % Les écrivains géoponiques , en gé-néral, ont négligé la synonymie , si nécessaire pour l’intelligence de leurs écrits.
Quant à la manière de soigner la vigne, souvent elle fut subordonnée ,comme toutes les autres cultures , aux rêveries astrologiques et alchimiques.Mizauld conseilloit, d’après les Anciens, copiés en cela par Liebaut, d’arroserles ceps avec certaines drogues purgatives.
Il paroît que l’art de faire des râpés étoit connu dès le douzième siècle , demême que celui de faire du vin blanc avec des raisins noirs. Il y a plus de centans que, dans certains cantons du Bordelois, on mêloit du sucre avec le vin, pourle rendre meilleur (4). Ce procédé peut être avantageux , ainsi que les foudresen maçonnerie, qui étaient en usage du temps d’Oi-iviER de Serres ( 5 ) ; et l’ondevroit au moins avoir la pudeur de ne pas les annoncer comme des découvertes.
Arnaud de Villeneuve parle de la préparation des eaux-de-vie ; JDutenscroit qu’elle n’étoit pas ignorée des Anciens. En 1646, fut publié un ouvrage surcet objet, composé anciennement par Brouaut (6). Je lis, dans Helyot, que lesJésuates, dont l’ordre fut supprimé en 1668, par Clément IX , s’occupoient,non seulement à préparer des médicamens pour les pauvres, mais encore à dis-tiller des eaux-de-vie, d’où leur vint le nom glipadri dell’ acqua vita (7).Mais l’époque à laquelle on imagina d’extraire de l’eau-de-vie du marc desraisins paroît plus tardive: Durival la fixe à l’an 1696 ( 8 ) ; j’ignore sur quelleautorité. Diverses autres substances ont été employées à cet usage, les cerises,les prunes, la baie de sureau , la pomme de terre, etc. Il y a long-temps queles Suisses tirent, du fruit de la ronce, une liqueur qu’ils estiment.
L’art de conserver les vins étoit bien imparfait vers i 56 o , car la Bruyère-Champier cite comme une merveille, que des vins de Bourgogne se soient gardéssix ans. Dans les caves de l’hôpital , à Strasbourg , on avoit encore , il ya quelques années , ce qu’on appeloit du vin de Luther. Cette indicationannonce plus de deux siècles. Ce vin étoit, à la vérité, d’une saveur désagréable.Crusius nous fournit un fait analogue à celui qu’on vient de lire. De son temps(vers la fin du seizième siècle) , une inscription attestait que le vin contenu
(1) Voyez , troisième Lieu, page 21 5 , et lanote (11) de notre collègue Cels, à la suitede ce Lieu , page 3 i 6 et suivantes.
(2) Histoire de la Vie privée des Français,tome III , page 247-
( 3 ) Villte, etc. , lib. VI, cap. IV.
( 4 ) Histoire de la Vie privée des Français,etc. , tome III, page 247.
( 5 ) Lieu troisième , cliap. VI, page 264.
(6) Traité de l’Eau -de- vie , ou Anato-mie théorique et pratique du Vin. Paris ,1646 , in-4°.
(7) Histoire des Ordres Monastiques, etc.
Paris , 1714 j in- 4 °. , tome III, page 4 1 2 3 4 7-
(8) Description de la Lorraine . Nancy ,1778 , in-4 0 ., tome I, page 88.