Band 
Tome I.
Seite
CXXXIV
JPEG-Download
 

CXXXIV

ESSAI HISTORIQUE

dans le foudre de Heidelberg , y avoit été mis en i343 ( 1 ) ; on nen conclurapas sans doute quil fût identiquement le même , mais que les quantités deliqueurs soutirées partiellement à diverses époques avoient été remplacéespar dautre vin dune date plus récente , et qui, par- , se trouvoit combinéavec celui quon y avoit mis au quatorzième siècle.

Les Anciens ont-ils connu le cidre? Laffirmative est prouvée par des passagesde Pline et dautres auteurs. On prétend néanmoins que lusage de cette bois-son , en France et en Angleterre, na guère que trois siècles. Paulmier ditque les Basques et les Normands sen disputoient linvention ( 2 ). Du Perronnous apprend que, quand la Normandie en manquoit, elle en Emit de laBiscaye . Paulmier ajoute que, depuis un temps immémorial, on en faisoitdans le Cotentin ; mais quà Rouen on nen buvoit que depuis environ cin-quante ans. Cet écrivain espéroit que bientôt, dans diverses maladies , le cidreseroit recommandé par préférence au vin. Le versificateur Saint-Arnaud, plusexagéré que le poëte Philips, cité précédemment, ne se contente pas , dansune pièce de vers sur le cidre , de lui donner la préférence sur le vin ; si on lencroit, le cidre est lor potable que la chimie a préconisé (3).

Il nentre pas dans mon plan de parler des autres liqueurs inventées par lebesoin, ou raffinées par le luxe. La médecine a beaucoup raisonné sur lesboissons chaudes qui, actuellement admises dans toute lEurope , nétoient pasconnues au seizième siècle. Ellis , dans un traité sur le calé (4) , souventil a copié celui de Galland (5), dit quen i555 la décoction de ce fruit étoitdéjà usitée en Turquie . Les prédicateurs musulmans lattaquèrent par des décla-mations. Un muphti décida que les amis du café étoient ennemis de la loi deMahomet. Un successeur de ce muphti décida le contraire.

Pierre de la Vallé écrivoit, en i6i5, de Constantinople , quà son retourà Venise il rapporteroit du café pour le faire connoître à lItalie (6). Il paroît quecette fève ne fut apportée en France quen 1644 ? P ar des voyageurs de Mar­ seille ; et Galland raconte que Thevenot, revenu dOrient en i658, aimoitcette boisson , dont il régaloit ses amis.

Le chocolat nous vint vers 1661 . Lintroduction du thé est antérieure , elledate au moins de lan 1 636 : il est devenu tellement à la mode , que , danscertains pays, comme lAngleterre, la Hollande , déjeuner y signifie exclu-sivement, boire du thé et manger des beurrées.

On a beaucoup parlé du luxe des tables chez les Romains. Jusquà nous retentitle scandale des festins de Lucullus, de Cléopâtre , qui, cependant, ne connurentjamais divers alimens, ni une foule de superfluités que le luxe moderne a convertisen besoins ; mais aussi on exclut de nos tables des mets vantés chez les Anciens ;tel est le lupin , qui nest pas banni des tables en Espagne , en Corse et ailleurs ;

(1) Annalium Suevicarum , etc. , tom. II,pars III, lib. IV, cap. XIII , pag. 242.

(2) De Vino et Pomaceo, etc., pag. 38 .

( 3 ) Voyez ses oeuvres. Paris , 1642 ,in- 4 °., tome I , page 386 . Il a fait aussi unpoëaie sur le melon.

( 4 ) An historical Account of Coffee, etc.London, 1774» in- 4 °-

(5) De lOrigine et Progrès duCafé. Caen ,1699, in-i 2.

( 6 ) Viaggi, etc. In Roma , i 65 o ,in- 4 °. >tom. I , let. III, pag. i 54 -